Hâte-toi lentement

Nous vivons dans un monde  où le temps  semble  se réduire de plus en plus. Sous l’action de la technologie et de la marchandisation, nous sommes  toujours connectés, sollicités à répondre et  à réagir avec empressement,  happés  par une  véritable frénésie  visuelle et cognitive. Nous oublions que le cerveau a des mécanismes  lents et, dans la tentative d’imiter des machines rapides, nous sommes confrontés à de nombreuses frustrations. La culture de la rapidité domine dans les relations et les décisions ; l’action  immédiate l’emporte sur la réflexion. Même la politique et l’éducation subissent ce changement.

L’auteur, neuroscientifique éminent,  démontre  que  c’est la nature même  de notre cerveau qui n’est pas adaptée à cette précipitation.  Il nous invite à redécouvrir les avantages et les potentialités d’une civilisation pratiquent la réflexion, basée notamment  sur le langage et l’écriture, et à redonner la priorité au temps du cerveau vs celui des machines.

 

Lamberto MAFFEI

FYP – 2016 – 145 pages

 

Dès la P.17, la sentence tombe « Une société qui essaie de rivaliser avec la biologie est condamnée à perdre. » Biologie, sous-entendu  notre chronobiologie, nos cycles hormonaux, enzymatiques, les saisons…etc…

 

Concernant la particularité du cerveau humain – à l’opposé de toutes les autres espèces vivantes -, LM nous demande de porter attention à cette lente maturation du système nerveux, laquelle occupe un quart ou un cinquième de la vie. Quelles sont les raisons de cette longue période de mise au point du cerveau humain, surtout si l’on pense que chez la souris elle dure cinq à six semaines et chez d’autres mammifères un nombre plus ou moins élevé de mois. Cette lente gestation a déterminé la dimension de l’homme ; en effet, la période de grande plasticité cérébrale chez l’homme, période critique, dure plusieurs années.  L’embryon de l’homme a décidé avec grand courage de passer une dizaine d’années à former son cerveau d’un point de vue fonctionnel et structurel.

Notons au passage que ceci infirme les lubies du mouvement « anti-spécisme  » qui

voudrait accroire que toutes les espèces vivantes se valent.

 

 

Notre horloge cérébrale paraît être assez imprécise, complexe et variable en fonction de l’importance de l’évènement et des circonstances dans lesquelles celui-ci a lieu : les attentes sont très longues et les moments paisibles passent à la vitesse de l’éclair. L’isochronisme des temps cérébraux n’existent pas ; ils varient selon l’état du cerveau et selon le cerveau de chaque individu, comme s’il n’y avait pas pour cet organe de nécessité à mesurer précisément le temps.

 

 

La pensée rationnelle est une des propriétés essentielles de l’homme, elle est à la base de notre civilisation et du contrôle de l’homme sur la nature, dans ses bons et ses moins bons aspects. Dans un monde dominé par les ordinateurs, dont les temps d’élaboration et de transmission de l’information sont des millions de fois plus rapides que ceux des mécanismes cérébraux, ces derniers peuvent apparaître assez inefficaces à cause de leur lenteur ; cependant, le produit de cette activité – une véritable révolution  évolutive -, est tellement merveilleux et innovant qu’il faut prononcer un éloge de la lenteur des mécanismes qui sont à la base de la pensée.

 

 

 

Concernant les technologies virtuelles, l’auteur émet l’hypothèse suivante : il est possible que l’instrument numérique ait trouvé la voie libre et, pour ainsi dire, un accueil chaleureux pour imposer son influence dans la même partie du système nerveux que celle liée à la pensée rapide  : le cerveau visuel. Néanmoins, le type de pensée encouragé par l’usage de l’instrument numérique est différent des réponses rapides liées à la survie, mais aussi de la pensée intuitive qui saute promptement d’une image à une conclusion : les premières comme la deuxième ont une origine et une raison d’être anciennes, perdues dans la nuit de temps de l’évolution, alors que la pensée numérique, dans son immédiateté, a été inventée par l’homme et fait partie du développement des connaissances. Le cerveau humain aurait (conditionnel) modifié son propre fonctionnement via cette invention…

 

 

LM développe aussi  les aspects  liés au consumérisme  et aux effets iatrogènes  des

manipulations du neuromarketing, tout en montrant que nous, homo sapiens, avons en mains

– enfin dans notre cerveau – tous les moyens pour ne pas y succomber.

 

 

In fine, l’auteur  met  en  avant  des  caractéristiques   essentielles de  la créativité de l’homme qui en fait une espèce unique sur la Terre. Il cite le mathématicien Henri Poincaré qui avait défini la créativité d’une manière assez  simple en affirmant que créer c’était relier entre eux des éléments existants avec des connexions nouvelles qui se révèlent utiles, pertinentes, productives.

Lamberto Maffei insiste sur une autre particularité importante à propos de la première phase de l’acte créatif est son imprévisibilité, c’est-à-dire le fait qu’il se présente à des moments inattendus  ; il s’agit d’évènements  cérébraux totalement  fortuits, même  s’ils se  vérifient de préférence quand le cerveau semble être plus détendu et plus dégagé des occupations liées à des stimulations sensorielles.

 

 

            Renvois

 

  • Philippe COULANGEON, Sociologie des pratiques culturelles FW N°19
  • Hervé P. ZWIN, Les systèmes complexes FW N°27
  • Gérard AYACHE, Homo Sapiens 2.0 (Hyperinformation) FWN°31
  • Patrick FORTERRE, De l’inerte au vivant FW N°50
  • Chris STRINGER, Survivants. Pourquoi nous sommes les seuls humains sur Terre

FW N°54

 

  • Frédéric MARTEL, Smart / Enquête sur les Internets FW N°55

 

 

 

PhS

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