Les déchets : du Big Bang à nos jours

Nous les côtoyons au quotidien, de notre cuisine jusqu’aux bords des routes… et même dans les médias. Que l’on nous parle de la nécessité de trier-recycler, de trafics transfrontaliers, ou de déchets dangereux. Mais savons-nous ce que sont réellement les déchets ? Savons-nous que même les étoiles en produisent ? Que la vie est impossible sans eux ?

Bien avant nous, certains animaux sociaux géraient soigneusement leurs déchets. Erigés en monument par les hommes il y a 5000 ans, aujourd’hui nous ne savons plus qu’en faire.

Pourtant, dans les yeux de la science, les déchets sont de la matière et rien d’autre. Comme toute matière, ils portent en eux tous les potentiels, des menaces comme des opportunités : nous pouvons en faire du poison ou du terreau de vie. Et nous pourrions bien, à l’instar de nos ancêtres du Mésolithique, en venir nous aussi à sanctuariser cette matière, qui sera bientôt devenue beaucoup trop précieuse pour être simplement … jetée.

Christian DUQUENNOI

Quae – 2015 – 170 pages

            Pour créer de l’ordre quelque part, il faut créer du désordre ailleurs.

Ce constat érigé en principe par la Physique, la Thermodynamique et l’Astrophysique, est une donnée de base de la vie dans l’Univers, dans une étoile, sur une planète…etc… Mais peut-il s’appliquer aux comportements sociétaux de nature psychosociologiques, par exemple ?

En droit français de l’environnement, la notion de déchet obéit à une définition précise : est considéré comme déchet « tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit, ou plus généralement tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon » – Art. L541-1.

En matière littéraire, nous trouvons Sherlock Holmes qui n’hésite pas à fouiller les poubelles pour recueillir des indices permettant de solutionner ses enquêtes ; ainsi débute l’aventure de la rudologie, en français, de la garbology, in english.

A la fin des années 1980, le rudologue Jean Gouthier établit quatre catégories de poubelles :

  • Les poubelles de l’abondance des beaux quartiers de la haute société. Elles recèlent, outre les emballages de produits de luxe, les témoignages des évènements politiques et culturels et une presse diversifiée ;
  • Les poubelles du choix possible des quartiers d’habitat individuel aisé de la classe moyenne. Elles sont caractérisées par les témoins de la consommation abondante de fruits et légumes variés et de produits carnés frais.
  • Les poubelles du nécessaire des grands immeubles locatifs de la classe populaire. On y trouve les trace de la consommation de masse (barquettes de viande, emballage de plats préparés…), peu de traces de produits frais et peu de journaux.
  • Les poubelles de l’indispensable, des faibles revenus et des démunis, situés essentiellement en zones rurales. La quantité de déchets était assez faible et l’alimentation y laissait peu de traces.

 

 

 

Que peut nous apprendre de la thermodynamique sur nos déchets, sur les déchets de nos sociétés ? La thermodynamique hors équilibre de Prigogine nous dit tout d’abord que, pour se maintenir, toute structure dissipative doit importer de la ressource et exporter du déchet. Dès que la structure est privée de ressources ou ne peut plus exporter ses déchets, elle retourne à l’équilibre thermodynamique, c’est-à-dire qu’elle disparaît en tant que structure, elle se désorganise, elle se dissout dans le désordre qu’il l’environne. La matière et l’énergie qui la constituaient se dispersent, la structure meurt. Pour résumer, une structure qui ne produit pas de déchet, énergétique ou matériel, ça n’existe pas. Et cela vaut aussi bien pour les étoiles que pour les microbes, les animaux ou les groupes humain.

 

 

Rappel. En France, sur la totalité des # 800 Mt de déchets produits chaque année, les ordures ménagères en représentent … 3% !

 

 

L’auteur nous entraîne à la découverte de la première crise des déchets : la catastrophe de l’oxygène.  Vers – 2,5 Gans, les cyanobactéries produisent tellement d’oxygène qu’il ne peut plus être en totalité fixé par les minéraux de l’océan comme c’était le cas auparavant. C’est une véritable catastrophe écologique : les micro-organismes de l’époque sont strictement anaérobies, c’est-à-dire que l’oxygène est pour eux hautement toxique !

Plus loin, P.48, un très beau schéma illustre les étapes suivies depuis la naissance de la Terre jusqu’au Crétacé, longue période rythmée par les six grandes extinctions recensées… sans la moindre présence humaine, faut-il le préciser.

 

L’auteur en vient ensuite à notre époque pour constater une accentuation de la production de déchets qu’il attribue de manière exagérée à « l’ère industrielle ». En effet, s’il est indéniable que nous en voyons encore les restes, comme les terrils, il n’est que de contempler le « Monte Testaccio », appelé aussi « la huitième colline de Rome » où sont entassés les tessons de 25 millions d’amphores, pour disculper l’industrie stricto sensu. En revanche, tout en constatant le fait, l’auteur n’accorde pas d’importance notroire à la croissance démographique connue… grâce aux déchets de l’ère industrielle ; concentration (densification) inconsidérée, à l’origine des pollutions urbaines connues de nos jours.

Dans les derniers chapitres, CD offre un panorama des méthodes de recyclage, de compostage, de méthanisation, d’économie circulaire, comme à Kalundborg au Danemark ; mais la question liée à la physique reste entière : puisqu’il ne peut pas y avoir de vie sans déchets, comment ferons-nous avec 10 ou 12 milliards de Terriens ?

 

Renvois :

 

¤ Frédéric KAPLAN, La métamorphose des objets – FW N°36.

 

¤ Benoît RITTAUD, Le mythe climatique – FW N°37.

 

¤ Stéphane SARRADE, La chimie d’une planète durable – FW N°43.

 

¤ Alan WEISMAN, Jusqu’où pourrons-nous être trop nombreux ? – FW N°53.

 

¤ Pierre-Noël GIRAUD, Economie des matières premières – FW N°58.

 

 

PhS

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