Notre mal vient de plus loin / Quel communisme ?

Deux ouvrages d’Alain BADIOU :

Notre mal vient de plus loin  /  Fayard – 2016 – 65 pages

Dans ce court essai « Notre mal vient de plus loin » Alain Badiou revient sur les tueries perpétrées le 13 Novembre 2015 à Paris et propose d’élucider ce qui est arrivé.

            Qui sont les agents de ce crime de masse ? Comment qualifier leur action ?

            Où en est notre Monde, du point de vue de ce qui a été mis en place insidieusement, puis avec acharnement depuis un peu plus de trente ans ?

            Ce dont nous souffrons, c’est de l’absence, à l’échelle mondiale, d’une politique disjointe du capitalisme hégémonique. Tant qu’une proposition stratégique autre ne sera pas faite, le Monde restera dans une désorientation essentielle.

            C’est un travail pour tous que d’essayer de faire que l’Histoire de l’Humanité change de direction et s’arrache au malheur opaque où en ce moment elle s’enfonce.

Quel communisme ?  /  Bayard – 2015 – 130 pages

« Depuis pas mal d’années, je considère que la situation mondiale de la pensée se rapproche aujourd’hui bien plus de celle de Marx et des intellectuels révolutionnaires des années 1840 que de ce que nous avons connu au 20e siècle. Après la catastrophe finale des Etats socialistes, après la conversion du Monde entier au paradigme du capitalisme déchaîné, nous devons en quelque sorte tout reprendre à zéro. »

Dans le premier opus, le chapitre qui s’ouvre p.17 se nomme « Structure du Monde contemporain » et est composé de trois parties :

1/ Le triomphe du capitalisme mondialisé.

2/ L’affaiblissement des Etats.

3/ Les nouvelles pratiques impériales.

Quant aux effets sur les populations, AB les présentent ainsi : 1 % de la population mondiale possède 46 % des ressources disponibles. 10 % de la population mondiale possède 86 % des ressources disponibles.50 % de la population mondiale ne possède rien.

Il y a donc une oligarchie de 10 % – ça correspond à peu près à ce qu’était la noblesse française dans l’Ancien Régime. Au-delà des 50% de démunis, se trouve une masse de 40 % – la classe moyenne – qui se partage péniblement 14 % des ressources mondiales. Cette classe moyenne est principalement concentrée dans les Pays dits avancés ; c’est donc une classe largement occidentale. Son obsession : ne pas être renvoyée, identifiée à l’immense masse des démunis.

 

La mondialisation crée peut-être une impossibilité intrinsèque, pour le capitalisme parvenu à son extension maximale, de valoriser, sous la forme des profits qu’il en tire, la force de travail disponible. Et peut-être que ça va s’aggraver encore. Peut-être que le système des profits, lesquels sont l’unique source de la dynamique du capital, va se heurter à une barrière créée par sa propre extension, alors qu’il aurait le devoir, pour valoriser la totalité de la force de travail disponible, de baisser très fortement la durée moyenne du travail, de façon à pouvoir embaucher les deux milliards de gens restés en rade.

Il n’est pas impossible, vu la rapacité grandissante de l’oligarchie et les conflits guerriers coûteux qu’elle est contrainte de mener pour défendre ses zones de profit, qu’on ne puisse plus donner à la classe moyenne ses actuels 14 % des ressources disponibles, mais seulement 12 % par exemple. Il y aurait alors le spectre menaçant de ce qu’on a appelé « la paupérisation des classes moyennes ».

 

 

Le Chaptire-4 est consacré au thème « Le fascisme contemporain ». Pour l’auteur, le fascisme est une subjectivité réactive intra-capitaliste puisqu’elle ne propose aucune autre structure du Monde. Elle s’installe de fait dans le marché mondial, dans la mesure où elle reproche au capitalisme de ne pas être en état de tenir ses promesses. En ce fascisant, le déçu du désir d’Occident [Islamiste] devient l’ennemi de l’Occident, parce qu’en réalité son désir d’Occident n’est pas satisfait. La forme pratique de ces fascismes, c’est toujours la logique de la bande, le gangstérisme criminel, avec la conquête et la défense de territoire où on a le monopole des affaires, comme l’a le dealer dans son coin de cité. On a du reste pu observer que, dans la plupart des cas, l’islamisation est terminale plutôt qu’inaugurale. C’est la fascisation qui islamise, et non l’islam qui fascise.

« Notre mal vient de l’échec historique du communisme. Donc il vient de loin, en effet. » Ce propos p.61 va nous amener au second livre analysé ici

 

            Deuxième opus.

            « J’entends par « communisme » le nom historique qui fut donnée à une stratégie disjointe de la structure capitaliste hégémonique. »

 

Le lecteur qui s’attend à ce qu’Alain Badiou lui explique comment le communisme pourrait (de nouveau) s’ériger en alternative crédible au capitalisme restera affamé. L’entretien avec Peter Engelmann est largement un dialogue, certes intéressant, entre deux philosophes, l’Allemand ayant connu le régime de l’ex-RDA. Il en ressort que Marx et les Communistes savaient parfaitement qu’il y avait incompatibilité stratégique entre l’idée communiste et le pouvoir d’Etat, puisque l’idée communiste n’était historiquement viable qu’à la condition que le pouvoir d’Etat soit dissous ; et donc, que l’exercice du pouvoir d’Etat par des partis communistes se soit retrouvé dans des contradictions insoutenables à long terme n’a rien d’étonnant.

[NDL = Aucune allusion à Bakounine, Kropotkine, Proudhon…].

 

Pour AB, ce qu’on appelle démocratie de nos jours, c’est un régime politique approprié aux formes les plus développées du capitalisme contemporain. Le type de vie que cette société – de nature militaire – propose, c’est une société extrêmement destructrice : elle n’est pas favorable à ce qui a une valeur universelle, elle est hostile à l’égalité, elle détruit peu à peu la figure de l’enseignement, c’est un régime d’opinions, hostile aux vérités.

Il indique que pendant une longue période, il faut que les expériences politiques acceptent d’être décentralisées, indisciplinées, aussi peu violentes que possible. Il y a trois types de propriété différents : la propriété collective, la propriété coopérative commune, et celle de l’Etat ; mais la deuxième, celle des mutuelles, est restée incertaine, dominée parce que dans le régime capitaliste.

Qu’est-ce qu’un travail collectif efficace, qui ne soit ni uniquement le salariat, ni uniquement la contrainte ? C’est à rechercher dans des expériences nouvelles…

 

Renvois :

 

¤ François GODEMENT, Que veut la Chine ? – FW N°46.

 

¤ Hubert VEDRINE, Dans la mêlée mondiale – FW N°46.

 

¤ Marc ABELES, Penser au-delà de l’Etat – FW N°57.

 

 

LF

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