Le consommateur planétaire

 La mondialisation a mauvaise presse. On l’accuse d’accélérer les changements environnementaux et d’augmenter les inégalités sociales. Et pourtant, nous bénéficions tous au quotidien des bienfaits d’une consommation de produits originaires des quatre coins de la Planète.

La schizophrénie nous guette-t-elle ? La consommation peut-elle être plus qu’une quête matérialiste et inclure une dimension altruiste, en faveur d’un monde plus durable et plus équitable ?

L’auteur démonte les mécanismes en jeu avec minutie. Foin de pessimisme, il parie sur une consommation gratifiante pour l’individu et responsable sur les plans social et environnemental. Mais pour ce faire, le consommateur planétaire responsable doit prendre le pouvoir.

Eric LAMBIN

Le Pommier – 2015 – 290 pages

 

Curieux livre, qui alterne des propos alarmistes et s’emploie par ailleurs à remettre des pendules à l’heure à propos de consommations largement stigmatisées par les médias sans vérification. Ainsi dans l’introduction « la surexploitation et l’acidification des océans, l’érosion de la biodiversité mondiale… atteignent une dimension alarmante (sic). L’humanité est en train de pousser le système terrestre (rien de moins) au-delà de certaines frontières planétaires. Au-delà de celles-ci nous sommes en terra incognita (sic). »

L’auteur utilise fréquemment à tort le qualificatif « scientifique » ; ça doit faire plus sérieux… Nous avons même droit à la « science économique » (sic). Etc.

 

Selon EL, le commerce international peut être un véhicule pour la diffusion de technologies plus propres des Pays riches vers les Pays pauvres. Une entreprise d’un Pays en voie de développement peut acquérir un système technologique performant, propre et économe en énergie ans avoir à supporter le coût de son développement. Des investissements étrangers dans l’économie d’un Pays pauvre facilitent l’adoption de nouvelles technologies propres : une transnationale présente dans un Pays y installe sa technologie la       plus performante, ne serait-ce qu’au nom d’une standardisation de ses procédés et produits, et contribue donc à diffuser le progrès technologique.

Grâce au commerce international, la consommation d’eau par l’agriculture mondiale a été réduite de 5 % en 2000 par rapport à un scénario hypothétique sans commerce entre Pays. Dans ce cas, la mondialisation économique a donc généré un bénéfice environnemental important. Sur ce sujet, l’auteur remet en question l’idée que les guerres du 21e siècle auront lieu autour des ressources en eau : l’importation croissante d’eau virtuelle via le commerce international des céréales et d’autres produits dont la production consomme beaucoup d’eau rend ces guerres peu probables et inutiles. La mondialisation permet de produire des biens voraces en eau là où elle est abondante plutôt que déficitaire.

 

Concernant la stigmatisation de l’huile de palme, le constat est que le rendement du palmier à huile est bien supérieur au rendement des cultures de colza, de tournesol et de soja. Ces dernières sont les principales cultures oléagineuses dans les régions importatrices d’huile de palme. Le sacrifice des forêts équatoriales en Asie du Sud-Est a donc épargné des terres dans les Pays importateurs d’huile de palme.

 

Le consommateur aisé qui est attiré par des produits exotiques espère souvent que des stratégies équitables peuvent sortir les producteurs de la pauvreté et préserver l’environnement naturel de régions reculées. La réalité est souvent autre : à moins que des régulations encadrent la commercialisation des produits de niche, les acteurs qui ont le plus accès aux capitaux, aux réseaux, et qui ont la connaissance du marché profitent souvent d’une part disproportionnée des marges bénéficiaires. [Ainsi, le boom de l’huile d’argan et le chocolat].

Oxfam publie « La face cachée des marques », un classement des dix plus grandes compagnies agroalimentaire sur la base de leurs politiques d’approvisionnement en produits agricoles. Politique à l’égard des femmes, des travailleurs, transparence de la compagnie, gestion de l’eau et des terres, réduction des émissions de GES… A la fin 2014, Nestlé occupait toujours la meilleure place du classement, ex-aequo avec Unilever. Néanmoins le consommateur reste perplexe : il existe 432 initiatives de certification de biens et services en rapport avec l’environnement dans 25 secteurs industriels. Rien que pour les aliments et les boissons, il y avait 147 systèmes différents de certification. Un autre exemple caractéristique des inductions limites : le label Rainforest Alliance peut être utilisé sur un paquet en contenant que 30 ù de café certifié par cette ONG, les 70 % restants pouvant avoir été cultivés selon des pratiques conventionnelles. De son côté Greenpeace, lors de sa campagne contre la société Cargill affirmait en 2006 que la culture du soja  avait entraîné le destruction de 70 000 km² de l’Amazonie entre 2003 et 2005 ; or, une étude de l’INPE – Institut National de Recherches Spatiales montrait que moins de 5 % des zones déboisées entre 1970 et 2008 étaient utilisées pour des cultures annuelles…

 

L’auteur propose en conclusion de son livre de retenir les trois messages :

¤          La mondialisation amplifie les changements environnementaux en les déplaçant vers des régions éloignées de la Planète, dont certaines ont un environnement naturel de valeur élevée.

 ¤          Certains mécanismes institutionnels de régulation de la mondialisation commencent à se mettre en place par l’intermédiaire d’une gouvernance privée de l’environnement.

 ¤          Cette nouvelle gouvernance pour un développement durable ne corrigera efficacement et en profondeur les effets pervers de la mondialisation que si de larges coalitions d’acteurs de la société jouent leur rôle de manière complémentaire et alignent leurs objectifs.

 

Renvois :

 

¤ Sylvie BRUNEL, A qui profite le Développement Durable ? – FW N°31.

 

¤ Fred DERVIN, Regards sur les mondes hypermobiles – FW N°32.

 

¤ Günter  PAULI, Croissance sans limite (ZERI) – FW N°36.

 

¤ Tim JACKSON, Prospérité sans croissance – FW N°38.

 

¤ Ndongo Samba SYLLA, Le scandale commerce équitable – FW N°48

 

¤ Susan GEORGE, Les usurpateurs (Transnationales) – FW N°55.

 

 

LF

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