Le Califat (Histoire politique de l’Islam)

20 Juin 2014, à la grande mosquée de Mossoul, Abou Bakr al-Bagdadi proclame le califat. L’homme qui se prétend descendant du Prophète est encore inconnu du grand public. Il est pourtant le chef d’une organisation djihadiste qui fédère des milliers de partisan dans une région plongée dans le chaos depuis plusieurs décennies. Al-Baghdadi promet aux fidèles la domination universelle s’ils pratiquent le djihad et respectent la charia. Désormais, tous les émirats et Etats musulmans sont illicites, car l’ensemble des musulmans doit lui prêter serment d’allégeance. N’est-il pas le commandeur des croyants de ce nouveau califat ?

            Remontant aux prémices de l’Islam, l’auteur raconte – entre fantasmes et réalités – l’histoire du califat, cette institution politico-religieuse née en Arabie au 7e siècle, qui a façonné la civilisation musulmane, devenant ainsi au fil du temps associée à l’âge d’or de l’Islam. Pour les islamistes, le califat apporte une solution globale : une seule communauté, une seule loi, un seul chef…

 

Nabil MOULINE

Flammarion – 2016 – 285 pages

 

Les chroniqueurs musulmans des 8e – 10e siècles dressent un tableau sombre de l’Arabie préislamique. Les habitants de la péninsule vivaient dans la jâhiliyya, l’ignorance de la vérité, à cause de l’égarement spirituel et de l’anarchie politique. Ces gens avaient besoin d’un sauveur. Dieu les a entendus et leur a envoyé le prophète Muhammad pour les délivrer de l’égarement, rétablir leur dignité et les unifier.

Toute l’histoire politique de l’Islam s’explique ainsi.

Muhammad commence à prêcher vers 613, tel un prophète biblique, comme un annonciateur (bashîr) et avertisseur (nadhîr). Sa mission : persuader ses contribules de revenir au monothéisme le plus strict, car la fin du monde et le jugement dernier sont imminents. En 622, les premiers musulmans (les croyants) quittent La Mecque et s’installent à Yathrib. Le Prophète se transforme en législateur, chef de guerre et diplomate. Autrement dit, d’un prêcheur émotionnel, il se métamorphose en fondateur d’un nouvel ordre politico-religieux. Ce pouvoir législatif se renforce avec le temps, à l’instar de ce qui fit Moïse pour les Hébreux. Mais le Prophète de l’Islam ne se contente pas de cela, il veut défendre et surtout étendre son emprise … par l’action militaire. Il considère sa communauté comme le nouvel Israël auquel Dieu a promis une domination universelle

En 632, Muhammad disparaît sans laisser de descendant mâle et sans préconiser un mode d’administration de la communauté embryonnaire. Toutes les guerres fratricides sont inscrites en germe.

 

A la lumière des maigres renseignements dont nous disposons (dixit NM), on croit comprendre que les premiers monarques musulmans avaient des préoccupations théocratiques dans la continuité des conceptions antiques. Ils prétendent non seulement être directement investis par Dieu, mais également entretenir des relations privilégiées avec Lui grâce à une sorte de révélation (ra’y).

 

L’auteur montre que l’idée du « paradis perdu » est apparue assez vite dans la mythologie islamique, justifiant ainsi toutes les entreprises de conquête par le sang et par le sabre, à l’opposé du Christianisme originel très pacifiste. Evidemment les croyants voient dans ces victoires le signe de l’intervention directe de Dieu en leur faveur, tandis que les populations conquises considèrent cette invasion comme le résultat d’une punition divine à cause de leurs péchés. Les rivalités – très temporelles – vont donner naissance à des courants religieux divers, souvent antagonistes ; les plus connus jusqu’à nos jours sont le sunnisme, le chiisme, le kharijisme, structurées grosso modo à partir de 660.

 

Le serment d’allégeance au souverain – donc commandeur des croyants – sera fortement utilisé par les premières sectes régnantes, les Omeyyades puis les Abbassides. Pour sanctifier cet acte, ils mettront en circulation un grand nombre de traditions attribuées au Prophète – sans preuve véritable -, dont la plus célèbre est « qui meurt sans avoir prêté serment d’allégeance (à un calife) meurt de la mort des païens. »

Les rivalités sanglantes ce succèdent. Ainsi, Harun fait empoisonner son frère aîné pour prendre le pouvoir, et, pour justifier ce forfait, il se fait appeler al-Mardî (l’Agréé de Dieu), ce qui est bien pratique…

Néanmoins, ayant laissé un clergé se développer pour servir leur dessein d’asservissement des croyants… et a fortiori des mécréants, les souverains essayant de reprendre la main sont en butte à des résistance de la part des oulémas. Ceux-ci considèrent que la communauté doit être uniquement gouvernée par la charia – littéralement la voie vers le salut. Ce qui signifie que toute norme juridique doit être déduite du Coran, considéré comme la parole éternelle et immuable de Dieu. Aucun élément ne peut donc y être ajouté ou retranché par un être humain.

 

Conformément à une tradition – attribuée bien sûr à Muhammad – bien ancrée depuis l’époque omeyyade, l’existence d’un calife unique est indispensable pour accéder au salut. Tous les actes religieux et profanes des croyants sont illicites dans le cas contraire, les oulémas se chargeant d’entretenir cet archaïsme…

 

Quel avenir pour le Califat ?

Avec la chute de l’empire ottoman et le pouvoir de Mustapha Kemal Atatürk, la suppression du sultanat en 1922 puis du califat en 1924  ont occasionné des débats passionnés et des polémiques intenses sur l’organisation du pouvoir, la relation entre le politique et le religieux et la gestion des appartenances identitaires. Des dizaines de fatwas, d’articles et de livres ont ainsi été publiés dans le monde musulman et en Occident pour répondre à une question centrale : le califat peut-il avoir une place dans un espace musulman en profonde recomposition ? Au cours du 20e siècle, quelles que soient les idéologies et les structures formelles utilisées, la plupart des régimes ont « nationalisé » et instrumentalisé le Coran pour se maintenir au pouvoir (Nasser, Bourguiba, Kadhafi, Hussein, Erdogan…).

Sur les mouvements Al-Quaida et Daech (au principal), l’auteur cite un texte explicite rédigé entre 2002 et 2004 ayant pour titre « De l’administration de la sauvagerie : l’étape la plus critique que franchira la communauté des croyants. » Terroriser les ennemis et les populations soumises est présenté comme le meilleur moyen pour conquérir des territoires et les conserver. Il sera donc licite d’employer les techniques les plus terrifiantes – telles que le massacre, l’enlèvement, la décapitation, la crucifixion, la flagellation, l’amputation, le bûcher, la lapidation, le viol – pour servir la cause.

Il y a désormais deux mondes : celui de l’Islam représenté par le « nouveau califat » et celui de l’impiété incarné par les juifs, les croisés et leurs alliés……

 

Renvois :

 

¤ Julien MAUCADE, L’Islam : une victoire inéluctable – FW N°46.

¤ Farida Faouzia CHARFI, La science voilée (Science et Islam) – FW N°49.

¤ Jean-Claude CARRIERE, Croyance – FW N°57.

¤ ADONIS, Violence et Islam – FW N°58.

 

 

LF

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