Plaidoyer pour une démocratie populaire

 

Si le caractère universel des droits de l’homme et de la démocratie représentative peut être contesté et suscite dans certains pays des rejets si violents, c’est peut-être qu’il s’agit de produits singulièrement occidentaux. C’est la thèse radicale reprise par Pascal Mounier qui définit la nature de notre réalité occidentale un « tripalium » civilisationnel, et en notant qu’il nous tient debout, mais prisonnier entre les trois piliers : politique, économique, moral.

Et il choisit d’observer notre civilisation occidentale sur ces trois registres, en interrogeant la démocratie représentative, le capitalisme, la morale judéo-chrétienne, c’est pour prendre la bonne mesure de la dimension existentielle de notre crise de civilisation : faillite de la démocratie partisane, incapacité du Marché à satisfaire les besoins humains et à respecter l’environnement, profonde crise morale de nos sociétés.

Et quand, plus précisément, il s’attache à analyser les conditions de l’émergence de notre système de gouvernement, à dénoncer sa prétention démocratique, c’est pour, après avoir rappelé les fondamentaux philosophiques de la vraie démocratie, proposer des pistes d’une refondation politique et sociale. Et ce plaidoyer pour une vraie démocratie, directe, horizontale, réinterroge l’idée de représentation pour justifier le tirage au sort comme seul processus d’élection authentiquement démocratique.

 

Pascal MOUNIER

Plaidoyer pour une démocratie populaire

L’Harmattan – 2015 – 260 pages

« On nous parle depuis plusieurs décennies de crise, et effectivement nous vivons depuis bien trop longtemps une crise profonde de la modernité qui est une crise de civilisation »

Dans un préambule, Pascal Mounier fait le constat de rupture tant sur le plan économique que sur celui des comportements (individualisme, perte de sentiment national) et sur le plan politique du rejet du Système. Il va donc en faire la démonstration et dénoncer les raisons qui nous ont amené à cette situation.

Pascal Mounier s’applique dans un premier temps à « bien nommer les choses ». Il revient pour cela sur les définitions et distinction, voire contradiction, entre la Démocratie et la République représentative ; distinction entre démocratie, aristocratie et monarchie.

Il propose sa définition de la démocratie : la fin du rapport dominant/dominé. Cependant, il prétend qu’il est illusoire d’employer le terme « démocratie représentative » en effet, écrit-il, il n’y a de vraie démocratie que directe.

 

Il affirme que notre conception des Droits de l’Homme et de la Démocratie, celle de l’Occident, est le produit d’une laïcisation de notre morale chrétienne.

Mais que veulent les hommes ? L’auteur propose : la sécurité et la sûreté, les moyens de vivre dignement, la justice. Il explicite alors ce que revêtent ces besoins réels. Il y ajoute enfin la Laïcité.

« Je prétends qu’il n’y a pas de démocratie sans laïcité et que cette dernière est même l’essence de la démocratie. »

Pascal Mounier consacre un chapitre à démontrer « l’escroquerie démocratique bourgeoise » que fut le fait de défendre que la Révolution française aurait découvert les fondements de la morale politique et résolu d’une manière définitive l’équation démocratique.

Après une démonstration chronologique, il en conclut que cela nous a amené à ce que nous vivons aujourd’hui, assez mal, dit-il, sous un régime dit de « démocratie parlementaire » qui n’est pas démocratique, mais de type partitocratique.

 

« Ce système, en raison du mode de recrutement des partis politiques (essentiellement dans la haute administration, via l’ENA), par le manque de diversité sociologique des élus, la professionnalisation de la politique, la constitution progressive par les hommes et femmes de pouvoir d’une classe sociale homogène et solidaire s’arrogeant des privilèges exorbitants, s’apparente à une aristocratie élective. »

Avant de poursuivre sa présentation très critique de notre fonctionnement républicain, l’auteur consacre un chapitre à ce qu’est pour lui « L’idéal démocratique ». Chapitre qui, au regard de son contenu aurait pu s’intituler « ce que n’est pas une démocratie ». C’est ainsi qu’il affirme qu’une démocratie n’est pas la dictature de la majorité. « De quel droit naturel pourrait-elle imposer sa vision du monde ? Pourquoi cette bascule majoritaire se fait-elle à 50% et pas 55, 60 ou 70% ? »

 

S’il s’agit de juger du meilleur système, il propose de se poser la question ainsi : Lequel est le plus légitime, lequel le plus efficace, et le plus efficace pour quoi ?

Il fait le constat de l’utopie de la démocratie : « Comment assembler tous les citoyens en un même lieu, physique ou virtuel, les faire dialoguer, et décider collectivement, et sans qu’une majorité n’asservisse une minorité ? Il n’y a qu’une solution, et qui résout la quadrature du cercle, celle du panel régulièrement renouvelé… » Il reviendra plus tard sur ces modes de fonctionnement.

Il accuse ensuite les entraves à la pratique démocratique et les raisons de ces pratiques. Constat des pratiques de tous les grands organismes de gouvernance internationale (ONU, OMC, OCDE, FMI, Banque Mondiale, OIT, et les structures affiliées) « qui n’ont d’autres fins que d’imposer la paix des échanges économiques, et qui contribuent largement au formatage des élites et à l’instauration d’un système impérialiste décrié sous le vocable de mondialisation. »

« Notre attachement à la raison est religieux, c’est à dire pathologique, et dogmatiser la raison, c’est toujours dogmatiser »

 

On voit bien, dans ce cadre, que nos élus décident et engagent la population sans en avoir été missionné. « On ne pourra jamais gouverner un état-monde démocratiquement car la démocratie trouve effectivement ses limites de nature démographiques. »

Pascal Mounier consacre un chapitre à « L’obsolescence de la démocratie de partis ». Il y fait le constat des pratiques des partis qui, aujourd’hui choisissent en leurs seins les leaders les plus habiles en communication, les plus aptes à jouer des coudes. Il n’ont plus d’idées mais des stratégies de conquêtes et, la structure bi-partisane conduit à ce qu’il ne soit jamais tenu compte de l’avis de l’opposition représentant pourtant un nombre de citoyens assez peu différent de celui de la majorité.

 

Dans le chapitre suivant, l’auteur évoque la probabilité d’une « rupture civilisationnelle » de notre monde occidental dont les bases qui le définissent sont : la morale judéo-chrétienne, le capitalisme et la « démocratie » parlementaire ». Notre civilisation a prospéré, pourtant Pascal Mounier en voit les limites et analyse les raisons d’une probable rupture à partir de ces trois bases. Concernant la morale, il rappelle la formule de Paul « Le mystère de la croix est folie pour les grecs et scandale pour les juifs ». Pour ce qui est de l’économie, le capitalisme naît avec la division du travail qui permet l’exploitation de l’homme qui est réduit à n’être qu’un consommateur. Enfin, le politique qui est au cœur de cet ouvrage.

« Notre système est mort, et seuls ceux qui y ont trop d’intérêts, qui vivent encore la situation comme très confortable, font semblant de ne pas le comprendre et proposent les arrangements, des réformettes, des toilettages, de quoi redonner un nouveau souffle à la démocratie, une nouvelle respiration à ses institutions…Mais plus tardivement les gens accepteront l’idée de l’inéluctabilité de la mort de notre système, plus difficile et plus douloureuse sera la mutation. »

 

Un chapitre est consacré à la défense du « tirage au sort » ou suffrage par le tirage au sort, alternative ou complémentarité du suffrage par le choix. Seul moyen, selon l’auteur, de nature à répondre à l’ambition de créer une société des égaux, c’est à dire de supprimer autant que possible le rapport dominant-dominé construit sur le rapport gouvernant-gouverné.

Après la présentation très argumentée (190 pages) mais sans doute nécessaire Pascal Mounier en vient au chapitre intitulé : « Quelques principes sur lesquels s’arc-bouter »

« Il nous faut refonder nos démocraties en s’attachant à quelques valeurs fondamentales et à quelques principes clairement acceptés ».

Il propose de remplacer le CESE (Conseil Économique et Social et Environnemental) par un Conseil National d’Éthique qui pourrait se nommer Conseil National des Libertés et de la Laïcité.

Il rappelle alors les principes constituants d’une démocratie :

Le droit de cité est universel et égalitaire (suffrage universel et égalité des droits)

La souveraineté populaire ne se délègue pas.

Les pouvoirs doivent être limités et séparés.

Il n’y a pas de démocratie sans confrontation d’opinions argumentées, sans débats       publics, sans assemblées. (Seul le consensus est démocratique)

Si donc le peuple dans son entier ne peut pas se réunir en un lieu d’échange et de        décision, ses représentants doivent être tirés au sort, et débattre en transparente.

Les mandats doivent être courts et ne doivent pas être indéfiniment renouvelables.

 

Il présente les compositions et compétences des différentes instances de Pouvoir : législatif, exécutif, judiciaire, consultatif et enfin de contrôle. Y sont également présentés les moyens permettant de dé-professionnaliser la politique, de séparer et répartir les pouvoirs.

 

Enfin dans un dernier chapitre intitulé « Une éthique de l’immanence » Pascal Mounier tient à réaffirmer l’importance qu’il attache à la laïcité, valeur indissociable de la démocratie.

La démocratie c’est le refus du sacré en politique, son expulsion du champ politique.

Rien n’est sacré, tout est respectable, au moins à priori.

Déifier la démocratie, c’est faire peu cas de la démocratie.

 

En conclusion, j’ai aimé ce livre tant pour son constat que pour ses propositions, même s’il comporte des redites. Son écriture est claire sans être superficielle, sa lecture retient réellement l’attention créant même une sorte de suspens !

 

Renvois :

 

¤ Anissa AMJAHAD, Le vote obligatoire – FW N°44.

¤ Gérald BRONNER, La démocratie des crédules – FW N°48.

¤ Norberto BOBBIO, Le futur de la démocratie – FW N°52.

¤ Jean de KERVASDOUE, Ils (politiciens) ont perdu la raison – FW N°53.

¤ Guillaume CAZEAUX, Odyssée 2.0 La démocratie dans le numérique – FW N°53.

 

 

PIPELL

 

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