La vraie révolution du microcrédit

 

Offrir des prêts répondant aux besoins de ceux qui n’ont pas accès au crédit bancaire classique, tel est l’objectif du microcrédit. Celui-ci a connu un succès fulgurant : aujourd’hui, 200 millions de personnes y ont recours, principalement en Asie et en Amérique latine.

Une révolution ? S’interroge Jean-Michel Servet dans ce livre. Pas si sûr…rappelant le contexte dans lequel est né le microcrédit (celui de la promotion d’un marché prétendument pacificateur et libérateur), il démonte le mythe selon lequel il pourrait éradiquer la pauvreté dans les pays en développement et émergents en favorisant le micro entrepreneuriat et l’auto emploi.

Ce livre le montre : si une révolution a eu lieu, elle serait plutôt du côté d’une microfinance devenue commerciale qui, pour répondre aux besoins réels des populations, a développé d’autres services que le microcrédit : épargne, transferts de fonds, paiement par la téléphonie mobile, micro assurance. Analysant les ressorts de cette « vraie » révolution, Jean-Michel Servet souligne qu’elle pourrait être le levier d’une finance alternative, avec la monnaie et le crédit comme biens communs.

 

Jean-Michel SERVET

La vraie révolution du microcrédit

Odile Jacob – 2015 – 245 pages

 

 

Le développement du micro crédit s’est construit sur le rêve de l’éradication de la pauvreté. Cet outil financier devait prendre la place des politiques publiques d’aide au développement en étant beaucoup plus efficace.

 

Le microcrédit est un succès incontestable. En 2013, 200 millions d’utilisateurs y ont eu recours, dés fois pour des prêts qui peuvent nous paraitre vraiment minimes de quelques dizaines d’euros. Ces prêts avaient pour ambition de rapidement sortir ces populations de la pauvreté et même de les libérer des entraves des sociétés traditionnelles. Ils ont permis la libération des initiatives individuelles dans un marché enfin libéré des vieilles traditions. Cela a permis le développement d’un capitalisme populaire fait de micro entreprenariat et d’auto emploi qui a souvent pris la place d’anciennes coopératives et a quelque fois permis d’éteindre des mouvements collectifs révolutionnaires comme au Pérou… Le micro crédit devait reléguer la pauvreté au musée en réussissant là ou un demi-siècle de politique publique avait échoué. 40 ans après l’émergence des premières institutions de micro crédit, force est de constater que ce mécanisme n’a pas tenu toutes ses promesses. Il ne suffit pas de doter des « pauvres » en capital économique pour créer la richesse. La lutte contre les inégalités, les discriminations, l’illettrisme est plus efficace même s’il faut du temps.

 

On le voit le nombre d’usager de services financiers a fortement progressé sans pour autant produire le développement annoncé. Le micro crédit a provoqué une explosion de la monétarisation en lien avec la croissance de l’urbanisation, du salariat et des petites activités marchandes. Il a participé ainsi, à sa mesure, à la financiarisation de l’économie sur toute la planète. L’expansion du microcrédit à encore davantage répandu les notions libérales et antiétatique et en particulier les concepts de propriété privé et de concurrence dans les endroits les plus reculés de la planète sans pour autant y faire reculer la pauvreté. Le fait est que le microcrédit n’a pas été pensé dans une perspective de biens communs. Son avènement à disqualifié de nombreuses politiques publiques en faisant triompher l’esprit de la libre concurrence.

 

 

Le storytelling occidental a eu la prétention d’illustrer les « miracles » de tout petit prêt pour les bénéficiaires, en général des femmes. Ces histoires ont plu aux médias. Les développementalistes, pionniers de la micro finance, s’y sont retrouvés autant que les financiers, venus plus tard, attirés par le gain de ce nouveau marché en explosion. Ce n’était qu’une illusion, le micro crédit ne pouvait atteindre seul les rêves de développement économique local portés par les pionniers.

 

Le développement de la financiarisation à tout de même permis une meilleure inclusion financière en générant puis en répondant aux nouveaux besoins d’épargne, de prêts à l’habitat ou d’assurance notamment. On est passé d’une prétention de lutte contre la pauvreté à un travail plus modeste mais peut être plus réaliste d’inclusion. Sur ce sujet, il reste néanmoins beaucoup à faire notamment pour développer la micro assurance ou « l’assurance inclusive »…

 

Comme tout marché, le développement du microcrédit a connu des crises de défiance, des rebellions d’emprunteurs face aux abus comme au Bangladesh, Bolivie, Inde ou Maroc… Il y a eu des scandales avec des taux qui pouvaient dépasser les 100% l’an…Les sociétés micro financières doivent être davantage régulés pour diffuser davantage les bonnes pratiques.

 

En conclusion, avec le recul de l’hégémonie du néolibéralisme, le microcrédit va, demain, devoir composer avec le retour salutaire de certaines pratiques de partage ou de coopération. Enfin, les sociétés assujetties à la dette et à la finance doivent se réinventer un futur qui passera surement par un réajustement de la place donnée à la finance. La monnaie doit aussi être pensé comme bien commun en permettant, aux cotés des intérêts particuliers d’enrichissement, de maintenir des modes d’action et de finalités solidaires et collectives.

 

Renvois :

 

¤ Günter PAULI, Croissance sans limite (ZERI) – FW N°36.

 

¤ Pascal SALIN, Revenir au capitalisme pour éviter les crises – FW N°37.

 

¤ Alain CAILLE, Eloge de la gratuité – FW N°44.

 

¤ Jean-Michel SERVET, Les monnaies du lien – FW N°45.

 

¤ Ndongo Samba SYLLA, Le scandale commerce équitable – FW N°48.

 

 

SD

 

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