La peur exponentielle

 

C’est une nouvelle venue à ajouter à la liste de nos peurs collectives, et son objet est des plus inattendus : un concept mathématique abstrait. Déclinable à l’infini, la peur de l’exponentielle est une réalité contemporaine autant scientifiquement construite que parfaitement irrationnelle. Elle constitue la matrice originelle des discours alarmistes fondés sur la crainte d’un crash collectif sur les limites du monde : épuisement des ressources naturelles, démographie mondiale, réchauffement climatique…

Cette peur qui n’avait jamais été identifiée pour elle-même, trouve ses origines dans l’histoire du concept d’exponentielle et de ses multiples récupérations mythiques ou idéologiques à travers les âges. Aujourd’hui comme hier, la même légende orientale est invoquée, celle d’un grain de blé qui se multiplie sur les cases de l’échiquier pour finir par remplir le monde tout entier. La différence est que, comprise autrefois comme promesse d’abondance, l’exponentielle est aujourd’hui l’étendard mathématique de notre peur de l’avenir.

 

Benoît RITTAUD

La peur exponentielle

PUF – 2015 – 405 pages

 

            Ouvrage exceptionnel, à lire absolument.

            « Tout est frayé ; tout est connu ; tout s’ouvre au commerce. De riantes métairies ont effacé les déserts les plus fameux ; les champs ont dompté les forêts ; les troupeaux ont mis en fuite les animaux sauvages ; (..) Il s’élève plus de villes aujourd’hui qu’autrefois de masures… partout des maisons, partout un peuple, partout la vie. L’accroissement du genre humain est un fardeau pour le monde… la nature va nous manquer. »

Tertullien – 3e siècle après J-C.

 

La peur comme élément d’imprégnation des esprits, telle est la logique qui découle des affirmations tendancieuses des prophètes de l’apocalypse. Ainsi de James Hansen, l’u des promoteurs du réchauffement climatique qui, en manipulation consciente, a défini l’augmentation du niveau des océans sous une raison géométrique ! Le résultat annoncé d’une montée des eaux de 5 mètres pour le 21e siècle est parfaitement conforme en termes mathématiques ; l’ennui est qu’il est absurde… puisque le rythme annoncé engloutirait le Mont Blanc, voire la Lune… au 22e siècle.

 

BT nous mets en garde contre le « biais exponentiel ». En effet, dans la perception de l’évolution des prix d’un produit ou d’un service sur une décennie par exemple, il est fréquent d’entendre des récriminations – portant sur la valeur absolue -, négligeant de prendre en compte l’inflation qui donne une vraie valeur relative.

Il s’interroge : la peur exponentielle serait-elle, à l’instar de celle du loup, la simple expression exagérée d’un danger réel ? Les scientifiques impliqués ne seraient alors que de simples lanceurs d’alerte dans leurs appels à la prudence ? Les faits montrent que non : les fondements « scientifiques » de la peur ne résistent pas à l’examen. La façon dont se construit son discours relève d’une tentative de donner à l’exponentielle un caractère mystique, complètement étranger à la science. Plus graves, ces dérives sont dangereuses et peuvent même pas relever d’une « bonne intention », tant elles sont manipulatrices.

Un étonnement est de nature scientifique lorsqu’il suscite le désir d’apprendre et de comprendre. Lorsqu’il conduit à l’arrêt de la pensée rationnelle au profit d’une sorte de respect religieux ou craintif empêchant l’exercice de l’esprit critique, il est d’une autre nature.

 

Le cas du « réchauffement climatique » porté par l’IPCC est emblématique de cette peur de l’exponentielle. Le fait d’avoir posé dans le premier rapport de référence que les données ultérieures ne pourraient que réviser à la marge les conclusions préliminaires conduit à ne plus voir ce qui est recherché. C’est un biais de confirmation caractéristique des modèles climatiques actuels dont l’incertitude affichée sur l’avenir demeure imperturbablement la même depuis 1979 et la publication du « rapport Charney », malgré les progrès accomplis dans les puissances de calcul qui auraient dû amener à une diminution sans équivoque de l’incertitude.

 

L’auteur tord le cou aux « prédictions » du rapport Meadows de 1972, lequel était basé sur la peur de l’exponentielle avec les données de l’époque. Le tableau de la p.145 permet de visualiser les écarts entre les prédictions de PIB de 1968 à l’an 2000 pour dix Etats … et les données réelles. Tous les grands Pays industrialisés ont réalisé bien moins que prévu (entre 30 et 40% de moins). Quant au Japon, un PIB de 23 200 $ était annoncé… pour 2 870 à l’arrivée. En revanche, la Chine a fait quasiment dix fois plus que prévu. En Prospective, cela ne nous étonne pas : trop de soi-disant praticiens raisonnent « toutes choses égales par ailleurs », ce qui ne se produit jamais dans la réalité.

Les référentiels idéologiques [The First Global Revolution] du Club de Rome – commanditaire du rapport Meadows – exposés pp. 351-352 éclairent bien la démarche résumée par « l’ennemi commun de l’humanité est l’homme ». A rapprocher des fondamentalistes de Earth First

La référence au film Dark City d’Alex Proyas (1998) est aussi bien explicative.

 

Sur la question du « monde fini », BT explore les « dessous des cartes », notamment les positions tacticiennes et illogiques des porteurs de la décroissance qui ne s’interroge jamais sur l’évolution démographique inéluctable de la Planète à l’horizon 2050.

Enfin, comme ressort nouveau à la peur de l’exponentielle, l’auteur place la grande nouveauté de l’Anthropocène, nouvelle invention affirmant que l’homme a été capable de créer une ère géologique de toute pièce par ses agissements. A ce propos, voir « Anthropocène ou Anthropophobie ? » dans FuturWest n°54.

 

Une question de taille est aussi soulevée. Comment se fait-il qu’il n’y ait jamais de réorientations de la peur vers de « vrais problèmes globaux » ? Sans doute parce que l’humanité n’a pas que des problèmes à résoudre, elle a aussi des ambitions à réaliser, des trésors à préserver, des choses à découvrir. Mais ça, c’est la pédagogie de l’intelligence versus doctrine de la peur.

 

Renvois :

 

¤ Jean de KERVASDOUE, Les prêcheurs de l’apocalypse (Délires écologiques) – FW N°26.

¤ Hervé P. ZWIN, Les systèmes complexes – FW N°27.

¤ Günter PAULI, Croissance sans limite (ZERI) – FW N°36.

¤ Benoît RITTAUD, Le mythe climatique – FW N°37.

¤ Edwin ZACCAI, Controverses climatiques, sciences et politiques – FW N°49.

¤ Gérald BRONNER, La Planète des hommes (Ré-enchanter le risque) – FW N°54.

 

 

LF

 

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