Malaise dans l’inculture

L’auteur :

            « A quoi bon la culture puisque le monde tient désormais en deux catégories : like et unlike ? C’est ainsi qu’on subit jusqu’à la nausée les dénonciations d’Edwy Plenel, les indignations d’Edgar Morin, la nostalgie totalitaire d’Alain Badiou ou les leçons de morale de Cécile Dufflot, qui ont au moins un point commun avec Marine Le Pen : ils sont « antisystèmes ». Le « système », c’est le mal. Ça ne veut rien dire mais ça défoule.

            Le prêt-à-s’indigner médiatique, c’est la trop mince couche de glace sur laquelle titubent nos démocraties modernes. Il alerte sur la disparition des escargots, mais reste indifférent à la résurgence de l’antisémitisme.

            Qu’il s’agisse de la réintroduction des ours, d’un licenciement à La Poste ou du meurtre de Juifs perpétrés par un djihadiste dans une école, c’est le sociologisme qui, immanquablement, dit le bien et le mal, repris par les rédactions, les chroniqueurs, les humoristes, les parlementaires, sous les yeux de plus en plus indifférents des citoyens désespérés.

            Les autres points de vue sont insultés, ridiculisés, marginalisés, refoulés aux confins de l’hérésie. On n’a jamais vu dans l’Histoire qu’une telle censure morale des points de vue puisse durer bien longtemps.

            Face à ce mur derrière lequel agonise le débat démocratique, le présent livre propose la réhabilitation du marteau-piqueur. »

 

Philippe VAL

Malaise dans l’inculture

Grasset – 2015 – 300 pages

 

La haine de l’argent, portée par les bonnes âmes hypocrites, raconte toujours la haine de la liberté. Pour PhV, l’argent est libératoire. La dette acquittée, chacun reprend son indépendance et son autonomie. Avant l’argent, contrairement à ce que pensait Rousseau, ce n’était certainement pas le règne du bon sauvage, mais celui du vol et du pillage incessants. L’argent ne les a pas abolis, mais de coutumiers, il les a rendus répréhensibles. Le système n’est pas parfait et sera sans doute éternellement perfectible, mais sans la possibilité de donner un prix aux choses, et sans, une fois le prix payé, l’absence de contestation possible, c’est la guerre perpétuelle.

Ainsi, tout au long de son livre, l’auteur va mettre en perspective un ensemble de bien-pensances, de politiquement corrects, de révérences aux simplismes – genre réchauffement climatique homogène -, aux acceptations des déclarations péremptoires non-démontrées mais reprises sans recul…etc…

 

La domination vue par le sociologisme ne peut être qu’un mal fait au dominé. La crise d’autorité qui ronge l’Education Nationale le montre, comme d’autres institutions, d’ailleurs. Le dominé a toujours raison, le dominant a tort par principe. Le chef est dominant. Il n’est pas « du peuple ». Désobéir est un acte moral et un devoir citoyen. Or, rien ne s’accomplit, aucun bonheur ne peut advenir ni une œuvre s’élaborer, sans une décision personnelle qui nécessite l’exercice d’une autorité, même minuscule et provisoire. Confondre cela avec la domination arbitraire de la force, c’est assassiner les libertés.

 

L’auteur cite souvent Montaigne pour nous ramener à des considérations modestes et humanistes. Comme, penseurs de l’individu, il cite donc Montaigne mais aussi Spinoza, Freud et Nietzsche, soucieux d’amener le lecteur soucieux de cohérence à la conviction que l’on ne peut espérer une société plus libre, plus juste, plus désireuse de bonheur et de réussite, si les individus qui la composent ne se posent pas, à l’échelle de leur vie, la question de la liberté, de la justice, du bonheur et de la réussite, afin d’y trouver des réponses personnelles.

 

« C’est une folie de croire que l’on peut rendre une société meilleure que les hommes qui l’habitent. » Wolinski – Assassiné le 07 Janvier 2015 à Paris.

 

Quand l’idéologie dominante s’accroche à la question sociale pour nier le « reste » qui est culturel, le « reste » se sent encouragé, inspiré, impuni et justifié. Jamais le sociologisme ne remarque que, plus certaines libertés s’accroissent – droits de femmes, mariage pour tous… -, plus l’intégration se complique, à cause de l’archaïsme religieux. Alors, on évite la question.

Nous ne cessons de rapporter les « dérives » de l’Islam à l’abus de position dominante de notre société, alors qu’il s’agit d’une guerre culturelle qui n’aura d’issue acceptable que si nous mettons autant de créativité à éclairer les chemins de la raison et de la beauté, que ses ennemis en mettent à les combattre.

 

Plus loin Philippe Val montre combien dans les domaines artistiques la médiocrité l’emporte souvent, justifiée par la condescendance envers le fait que « tout un chacun peut exprimer son art ». Certes, mais pas en laissant entendre que telle œuvre est à admirer par principe, quelle que soit sa qualité. L’art n’est pas démocratique, en revanche, sans lui, la démocratie vacille du côté de l’abrutissement totalitaire.

 

« Il n’existe dans la nature aucune chose singulière qui soit plus utile à l’homme qu’un homme qui vit sous la conduite de la raison. » Spinoza.

 

Pour l’auteur, un des problèmes du journalisme, c’est qu’il prospère sans critiques. Pour critiquer le journalisme, il faut écrire un journal, ou bien écrire un livre dont, évidemment, la plupart des journaux refuseront de parler. Cette impunité quotidienne est en train de faire mourir la presse qui, à quelques exceptions près, pense uniformément. Et gare à celui ou celle qui déroge !

Que dirait-on d’une génération de pianistes incapables de jouer un morceau jusqu’au bout sans se tromper ? Les salles de concert fermeraient. Il en va de même pour le journalisme, qui, comme le pianiste, a le droit à l’erreur, mais n’a pas le droit d’intégrer l’erreur dans son fonctionnement quotidien, un travers qui est pourtant la cause de la névrose du journalisme.

 

« Allez, rien n’est meilleur à l’âme,

            Que de faire une âme moins triste. » Verlaine.

 

            Un livre salutaire, sans hésitation.

 

Renvois :

 

¤ Caroline FOUREST, La tentation obscurantiste – FW N°21.

¤ Antonio A. CASILLI, Les liaisons numériques (sociabilité) – FW N°39.

¤ Ignacio ROMANET, De l’explosion du journalisme – FW N°41.

¤ Bertrand LEMARTINEL, Et l’homme créa la Terre… – FW N°47.

¤ Gérald BRONNER, La démocratie des crédules – FW N°48.

 

 

LF

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