La Chine innove

La Chine s’est réveillée à la fin des années 1970. Depuis, de nombreux efforts ont été réalisés pour transformer l’économie du Pays en un réservoir d’idées, de nouvelles technologies, d’innovations. Le secteur privé s’étend, les conglomérats chinois se renforcent dans l’économie mondiale, les programmes d’investissement dans les activités liées aux hautes technologies se multiplient, les petites entreprises innovantes émergent…A l’heure actuelle, les nouveaux moteurs de croissance pour l’économie chinoise sont les technologies de l’information, environnementales, médicales, ou dans l’aérospatial. Le lancement de ce nouveau Grand Bond en avant de l’innovation a-t-il introduit la Chine dans la société de la connaissance et de la créativité ? Comment mesurer la capacité innovatrice des entreprises chinoises ? Comment évaluer les impacts de l’augmentation de la capacité à innover de l’économie dans sa totalité ? Quels sont les défis de cette course à la performance ?

Zeting LIU (Dir.)

La Chine innove / Politiques publiques et stratégies d’entreprises

L’Harmattan – 2014 – 195 pages

 

 

Les réformes entreprises depuis 1978 furent nommées : « économie planifiée avec l’ajustement du marché », puis « combinaison du plan et du marché », et enfin, depuis 1993 « économie socialiste de marché ».

Il faut ajouter que cet essor économique – d’une nature inconnue jusqu’alors – fut rendu possible par les acquis des périodes précédentes, à savoir ceux de la révolution socialiste. Les observateurs ont évidemment mis en avant les effets collatéraux de cette période (famine, décès excessifs, répression…) en omettant de noter qu’elle s’est accompagnée de taux de croissance substantiels, de # 5% l’an jusqu’à la fin des années 1960, puis de près de 7% l’an jusqu’en 1979 ; autrement dit, l’accumulation capitalistique qui s’est opérée avant la « libération économique » avait eu lieu… et a grandement faciliter cette dernière.

Ce qui permet aux auteurs de résumer les conditions qui ont conduit à la forme de croissance industrielle chinoise :

  • Un système d’accumulation rapide du capital…
  • Une réserve illimitée de main-d’œuvre rurale peu chère…
  • La croissance de la main d’œuvre qualifiée, grâce à son système d’éducation…
  • De faibles contraintes institutionnelles à la production industrielle…
  • Des infrastructures de grande échelle et l’abondance de fournisseurs de composants industriels…
  • Une forte imbrication dans la mondialisation de la production industrielle et la standardisation de technologies complexes…
  • Un pouvoir d’achat et des besoins de consommation croissants sur le marché intérieur…

 

La performance de la politique publique chinoise se heurte parfois à des problèmes de coordination de son système politique dual et à la défaillance de son système d’innovation. Tout d’abord, la coordination économique se fait à la fois par les mécanismes du marché, mais aussi par la planification. Ensuite, la coordination politique se base sur des relations horizontales entre les ministères et leurs administrations, et des relations verticales entre le gouvernement central et les autorités locales. Ces relations sont liées par des plans qui définissent l’orientation stratégique et les objectifs comme critères de l’évaluation de performance.

 

 

 

Concernant les relations entre le Japon et la Chine, les auteurs expliquent qu’il y a un contenu environnemental, l’Empire du Milieu acquérant principalement des technologies de dépollution, et, dans une moindre mesure, des équipements permettant d’exploiter des sources énergétiques « renouvelables ». La présence de firmes nipponnes sur le territoire chinois permet également de transférer des connaissances relatives à l’utilisation de techniques environnementales avancées, ces firmes mettant en place des plans de formation dans le cadre des projets de MDP – Mécanismes de Développement Propres.

Les auteurs notent aussi que les dépenses de R&D pour l’acquisition et l’adaptation des technologies étrangères par rapport aux dépenses de R&D totales diminuent nettement entre 2000 et 2011, passant de 67% à 11% du total.

 

Le programme du développement de science et technologie à moyen et plus long terme (2006), donne une importance nouvelle aux PME dans la réalisation de l’ambition de transformer la Chine en une nation innovante, basée sur l’innovation endogène. Cette position a été renforcée lors du lancement du 12e plan quinquennal. Les PME sont reconnues comme une source d’innovation, à l’image des grandes entreprises et de la recherche publique.

P.156, les auteurs citent des chercheurs (Moreover, Montgomery and Fitzgerald) qui ont analysé la combinatoire des référentiels confucianistes, socialistes et communistes qui ont tissé une alliance inédite et évolutive entre un strict contrôle des droits individuels et les exception partielles relatives à ce contrôle pourvu que cela promeuve des modèles de prospérité, notamment dans la créativité et dans les sciences.

In fine, les auteurs estiment que le succès de la Chine repose bien sur un « socialisme à la chinoise » dont les caractéristiques sont :

  • La persistance d’une puissante planification,
  • Une forme de démocratie politique, rendant possibles les choix collectifs qui sont à la base de cette planification,
  • Des services publics qui conditionnent la citoyenneté politique, sociale…
  • Des formes de propriétés diversifiées,
  • Une orientation générale qui consiste à augmenter les revenus du travail par rapport aux autres sources de revenus,
  • La préservation de la nature considérée comme indissociable du progrès social,
  • Des relations équilibrées entre Etats, et de relations politiques ou la préservation de la paix est dominante.

Pour eux, la voie socialiste n’est pas abandonnée, contrairement à ce qui se publie souvent en Occident. Présentement, le secteur public regagne du terrain sur le secteur privé. L’idée que la politique chinoise, y compris économique, s’explique par la volonté d’un Parti Communiste hiérarchisé et discipliné, de se maintenir au pouvoir et de satisfaire prioritairement les intérêts d’une bureaucratie d’Etat qu’il domine et sur laquelle il s’appuie, ne leur paraît pas correspondre à la réalité.

 

Renvois :

 

¤ Michel AGLIETTA, La Chine vers la superpuissance – FW N°24.

¤ Mark LEONARD, Que pense la Chine ? – FW N°30.

¤ Pierre BUHLER, La puissance au 21e siècle – FW N°43.

¤ François GODEMENT, Que veut la Chine ? – FW N°46.

¤ Jean-Yves CARFANTAN, Le défi chinois – FW N°52.

 

 

LF

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