NOS LIMITES / Pour une écologie intégrale

« No limit ! » notre société est devenue une vaste usine à frustrations.
« Toujours plus! », promet-elle aux foules globalisées, comme si le réel devait se plier à nos caprices. Mais ce qui est illimité est toujours illusoire : émanciper l’individu de toute identité stable, l’arracher à ses déterminismes (de gré ou de force), ce n’est pas le rendre plus libre, c’est le soumettre aux marchands de chimères.

Une fois abolies les frontières entre les cultures, entre l’humain et la machine, l’humain et l’animal, l’homme et la femme, que reste-t-il du consommateur déraciné? Le double empire de l’artificiel et de l’argent, qui s’empare du plus intime de nos vies et saccage nos écosystèmes.
S’opposer à cette fuite en avant destructrice, c’est faire le choix radical de la sobriété. Moins mais mieux : vivre plus simplement pour que chacun puisse simplement vivre. Veiller sur l’avenir, en respectant notre fragilité et celle de notre environnement. Face à la technique sans âme et au marché sans loi, l’écologie intégrale offre ainsi l’espérance d’un monde à la mesure de l’homme, fondé sur l’entraide et le don-fruit de nos limites.

NOS LIMITES / Pour une écologie intégrale
Gaultier BES
avec Marianne Durano et Axel Norgaard Rokvam
Edition Le Centurion – 2014 – 110 pages

 

Dans la 1ère partie de ce livre intitulée « L’archipel des atomes » un état des lieux, réaliste dans un premier temps, s’agissant du fossé citoyens/gouvernants, de la trop grande importance du poids économique, du manque de confiance des citoyens et du repli sur soi, devient ensuite une critique en tous points assez contestable.

Notre démocratie serait « détournée » en France s’agissant par exemple de l’adoption de la loi sur le mariage et l’adoption pour tous soit disant obtenus sous la pression de lobbies minoritaires!!

Si les condamnations concernant la mondialisation, le populisme, les problèmes générationnels, le « speed dating » sont largement partagées par le plus grand nombre, les arguments utilisés pour les démontrer sont, à mon avis, ceux d’un conservatisme pour le moins choquant.

A plusieurs reprises les auteurs de ce livre s’opposent à l’idée de progrès par la technique et proposent un retour à la tradition, la promotion d’un ré-enracinement. Se référant à Simone Weil, ils la citent : « Notre temps, dominé par un rêve général d’émancipation, semble conduire hélas davantage au déracinement qu’à l’indépendance » Plus loin, ils ajoutent: «dès lors que l’émancipation est perçue comme un bien en soi, qu’elle est non plus pragmatique mais idéologique, elle se dégrade en négation, en rejet de toute limite et de toute loi».

Plus loin, je lis « L’intelligence Artificielle n’est qu’une démission de la pensée, un renoncement, une soumission à la loi des machines»….et plus loin : « on risque alors de s’assujettir à des déterminismes autrement plus sournois et plus puissants que ceux de la famille et de la religion»…..enfin « sans famille et sans repère, comment résister aux sirènes du porno de masse ?»

Mais la démonstration n’est pas terminée: s’agissant de L’Éducation Nationale: opposition à l’enseignement de la morale laïque permettant à l’élève de s’émanciper des déterminismes et de celui du respect absolu de la liberté de conscience. « La liberté humaine, soutient l’auteur, ne saurait se déployer hors du cadre de notre condition, effectivement déterminée par un ensemble de facteurs irréductibles »

N’hésitant pas écrire que l’école doit servir « la religion de la République » et « pour y parvenir, faire table rase du passé, abolir les traditions, remplacer les institutions concurrentes….les temples où communient les jeunes français sont moins des salles de classe que les centres commerciaux »

Dans les pages qui suivent, la critique outrancière voire mensongère se poursuit qui ne présente, finalement, pas grand intérêt.

L’auteur en vient à parler de concurrence entre l’éducation de l’école et celle de la famille. Sur la base de cette attaque…on en vient à l’amalgame avec la GPA dont je vous fais grâce des commentaires.

Puis, c’est une attaque en règle : le projet parental, la contraception, l’euthanasie qualifiée «d’exclusion de la communauté des purs»

La seconde partie est intitulée « La chasse aux frontières ».

Après la lecture de la première partie, je m’attendais au pire, je n’ai pas été déçu!

A partir du constat que la recherche médicale répond aux intérêts des laboratoires et donc du marché, « L’empire de l’artificiel, et son mercantilisme frénétique, finit par menacer directement notre santé » Cause est-il écrit d’au moins 18000 décès annuels en France dus aux effets secondaires des médicaments.

Usage des détergents, des pesticides influant sur la diminution de la qualité du sperme, qui n’est pas sans effet sur la santé reproductive!!

Condamnation des progrès techniques qui rendraient possible la menace du post-humain.

C’est alors que ce livre veut persuader ses lecteurs que le repli à l’intérieur de frontières est nécessaire car «le monde ouvert peut devenir une jungle où s’exerce le droit du plus fort»

Je me permets d’émettre l’avis que « le besoin de racine » cité en argument ne signifie pas la nécessité de repli à l’intérieur de frontières.

Polémique facile, la remise en question de l’altérité des sexes fait l’objet de plus de cinq pages, et, selon l’auteur « se cache derrière elle le double fantasme du libéralisme avancé qui, en prônant l’indifférencié et l’illimité, travaille à l’avènement mondial d’un homo œconomicus préoccupé seulement de maximiser son profit et sa jouissance » Mais, c’est bien sûr !!

Ce n’est qu’à la page 71, qu’enfin un chapitre semble prometteur « Face à la prolifération des machines dans nos vies, il est temps de repenser notre modèle de développement ».

La distinction qui est faite entre l’économie et l’oeconomie est intéressante, « la première n’ayant de cesse de s’émanciper des exigences sociales de la seconde ».  Dommage qu’après quelques pages constructives et argumentées sur ce que pourrait être un projet de production et de consommation raisonnée, on poursuive une attaque en règle :l’ UE est l’exemple éloquent du gigantisme informe, de l’opacité démocratique et le symbole de l’inefficacité!!

Par voie de conséquence, la nécessité de frontières s’impose, car sans frontières s’installent les fractures, sources de délinquance. « Moins les frontières distinguent les différents peuples, plus elles divisent les peuples eux-mêmes »

« L’apparition d’un monde-marché constitue-t-il une promesse de paix universelle? »

La réponse à cette question est, on s’en doute, négative. « Le marché mondialisé se manifeste chaque jour davantage comme un totalitarisme omnivore qui n’a cessé de tout transformer en produits consommables. Des relations sociales aux ressources naturelles, tout est bon à négocier. De l’enseignement aux soins en passant par la culture, rien n’échappe désormais à la loi de la concurrence…commerce du sexe et développement de rencontres adultérines » etc.

Il me faut attendre presque la fin de ce livre pour retenir un passage qui me semble présenter un intérêt, je le cite: « Faire l’éloge de la limite, ce n’est pas refuser les innovations techniques, c’est en interroger le sens pour les orienter au service du bien commun, science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Dommage qu’après cette phrase on replonge dans la conception réactionnaire « Mais la plasticité qu’offre la maîtrise technique peut se révéler plus déshumanisante que libératrice. Peut-on considérer la fabrication artificielle d’enfants orphelins de père (PMA, GPA) comme un authentique progrès quand on constate chaque jour les ravages causés par les troubles identitaires dans les familles…etc»

et avant de conclure « Le transhumanisme est une idéologie la plus explicitement déshumanisante . Il est l’héritier du darwinisme social prôné par Herbert Spencer.

En conclusion: « Moins c’est mieux ». C’est le seul moyen d’empêcher que notre vie se gaspille en détails au détriment de l’avenir.

« Notre société sera organique ou ne sera pas. Elle saura se penser comme un corps constitué, naturel et culturel, vulnérable et adaptable ou elle explosera. La pierre angulaire de l’écologie c’est l’humain » Cette phrase aurait pu être une belle conclusion.

Tel n’a pas été le choix de son auteur, lui préférant de terminer par :

« Défense du mariage, défense du bocage, cette « union sacrée »au service de la vie harmonieuse et durable, qui se trouve parfaitement résumée par ce refrain d’une chanson des opposants au projet de construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes!! »

            Citoyen, sois résistant, car Notre Dame des Landes
c’est la terre de tes parents !
Citoyenne, sois résistante, car Notre dame des Landes,
c’est la terre de tes enfants.

Pour le moins réducteur, mais bien significatif de la teneur de ce livre.

PIPELL

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