Les usurpateurs : comment les Transnationales prennent le pouvoir

Lobbyistes au service d’une entreprise ou d’un secteur industriel, P-DG de Transnationales dont le chiffre d’affaires est supérieur au PIB de plusieurs Pays dans lesquelles elles sont implantées, instances quasi-étatiques dont les réseaux tentaculaires se déploient bien au-delà des frontières nationales : toute une cohorte d’individus – qui n’ont pas été élus, ne rendent de comptes à personne et ont pour seul objectif d’amasser des bénéfices – est en train de prendre le pouvoir et d’orienter en leur faveur des décisions politiques majeures, qu’il s’agisse de santé publique, d’agroalimentaire, d’impôts, de finance ou de commerce.

Ces usurpateurs s’ingèrent dans les affaires du Monde à coups de financements et de renvois d’ascenseurs, s’infiltrent à l’ONU et, sous la houlette de Davos, œuvrent pour un Monde à leur image. Ils décident du contenu de traités commerciaux stratégiques, qui se négocient dans le plus grand secret mais toujours sous l’œil attentif des représentants du secteur privé.
Cette clique entrepreneuriale tient les citoyens ordinaires sous sa coupe et ne s’embarrasse pas guère de l’intérêt public et du bien commun.

Susan GEORGE
Les usurpateurs / Comment les Transnationales prennent le pouvoir
Seuil – 2014 – 190 pages

            Susan George tient une posture de dénonciation depuis plusieurs années et plusieurs publications. Le livre présent est une sorte de compilation de ses écrits passés et les contenus sont souvent connus de longues dates, voire des décennies.

        La présentation du livre par l’éditeur ci-dessus est comique : confondre PIB et CA est une preuve d’ignorance en économie ; on ne peut comparer qu’une VA et un PIB.

          Elle s’interroge : qu’est-ce que la légitimé au sens où l’entendent les citoyens du monde occidental ? Le pouvoir légitime se définit par les conditions suivantes : élections libres et justes des représentants du peuple, gouvernement constitutionnel ; état de droit ; égalité devant la loi ; séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ; mécanismes de contrôle et de contrepoids ; séparation de l’église et de l’Etat.

            Malheureusement elle prend l’exemple de la Grèce et des difficultés de vie d’une partie de la population : or, la situation est le résultat direct de la démagogie des dirigeants politiques du Pays depuis 25 ans, accompagnée par les acceptations béates des électorats dans le cadre d’une corruption effective et de promesses démesurées ; comme quoi la légitimité dont elle parle tient peu face aux experts de l’OCDE qui criaient casse-cou depuis des années de manière récurrente.

        Plus loin, elle stigmatise ce qu’elle appelle les théolibéraux qui, malgré un bilan accablant s’obstinent à appliquer leurs théories. Mais, comme elle décrit leurs comportements et leurs objectifs, de leur point de vue, en fait, ils ont … réussi !

          L’auteur a pris pour cible les Transnationales. D’après un expert de l’OCDE, au moins 60 % des échanges commerciaux internationaux se font entre sociétés d’un même groupe et résidentes d’Etats différents. Les profits sont déclarés dans des juridictions à faibles taxes ou hors taxes, et les pertes dans des juridictions fortement imposées. Les Transnationales ont le choix entre des dizaines de paradis fiscaux pour se soustraire aux taxes dues à l’Etat… tout en restant dans les limites de la plus stricte légalité.

          Les PME et les ménages domiciliés dans un seul Pays n’ont pas d’autre choix que de continuer à assumer la plus grande partie du fardeau fiscal, ou de dispenser des services publics qu’une juste taxation des Transnationales aurait permis de financer.

            Dans le chapitre4 « La coopération en matière de réglementation », elle reprend à son compte les mantras de l’IPCC sur le climat ; elle aurait mieux fait de dire simplement qu’elle est incompétente sur ce sujet, et aurait dû lire Naomi Klein « La stratégie du choc – Pour un capitalisme du désastre » [Actes Sud 2008], où elle montre, entre autres, combien l’astuce du réchauffement climatique permet de faire accepter des évolutions néfastes aux populations laborieuses.

            Dans le même ordre d’idée elle reprend le « secret » qui organiserait la négociation sur le TAFTA – Transatlantic Free Trade Agreement. Non seulement les négociations entre les USA et l’Union Européenne n’a pas débuté en 2013 mais en 2003, et les résumés des contenus étaient disponibles depuis 2010, notamment à la Fondation Robert Schumann.

Dommage d’induire le lecteur en erreur à ce point sur un sujet aussi important.

            « Laisserons-nous notre avenir se jouer à Davos ? », sous-entendu au World Economic Forum. Pour Susan George, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Reste encore à montrer comment les entreprises transnationales et néolibérales s’immiscent jusque dans notre vie quotidienne. Les plus ambitieuses et les plus visionnaires d’entre elles se fixent en effet un objectif bien simple : diriger le monde. Diantre !

            L’approche choisie par SG est évidemment légitime et elle met en exergue des comportements peu acceptables venant de dirigeants de Transnationales, dont elle rappelle d’ailleurs qu’elles sont avant tout « nationales », c’est-à-dire né, localisé pour les dirigeants, connoté avec les référentiels culturels de ce Pays. La réserve que l’on est obligé d’avoir objectivement est qu’elle force le trait pour faire des démonstrations à sens unique. D’autre part, elle a une vue très occidentalo-occidentale qui laisse de côté les comportements des Transnationales venant des Pays émergents, Chine, Inde et Brésil au premier rang.

            Sa haine du secteur privé, affublé de tous les maux, la conduit à un manichéisme un peu simple quand même, d’autant qu’elle ne s’interroge pas sur les échecs de l’altermondialisme depuis trente ans, mouvement dans lequel elle affirme à plusieurs reprises s’être investie.

            Dommage…

LF

Renvois :
¤ Suzanne BERGER, Made in Monde (Variétés économiques) – FuturWest N°20
¤ Mike DAVIS, Le stade Dubaï du capitalisme – FuturWest N°27
¤ Walter LIPPMANN, Le public fantôme – FuturWest N°33
¤
Marc FIORANTINO, Pour tout l’or du Monde (Spéculation) – FuturWest N°36
¤ Pascal SALIN, Revenir au capitalisme pour éviter les crises – FuturWest N°37
¤ Paul JORION, Le capitalisme à l’agonie – FuturWest N°41
¤ Laurence FONTAINE, Le Marché : histoire d’une conquête sociale – FuturWest N°52.

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