Ireland says « yes » !

            Le mariage pour tous adopter en Irlande (Eire) par référendum : inattendu, un peu peut-être, surprenant, sûrement pas pour qui observe les mutations des sociétés sous l’angle prospectif, c’est-à-dire en assemblant des facteurs qui, pris séparément semblent peu porteurs, alors que combinés ils vont faire apparaître des futuribles, des futurs possibles. Il y aura alors rupture, discontinuité, bifurcation…

            Les données : 62 % de Oui, une participation de 60%, plus fort taux enregistré depuis vingt ans pour une consultation référendaire.

            Trois facteurs prédominants entremêlés expliquent le résultat. La période que nous vivons est celle de la fin de la « génération De Valera », celle qui a conduit le Pays à l’indépendance vis-à-vis de la tutelle anglaise. Elle a eu pour elle une trajectoire historique évidente, tout en échouant à faire de l’Eire un État moderne et productif économiquement du fait de son conservatisme fort et de son attachement aux oukases de l’église catholique. Elle a commencé à quitter la scène politique à partir des années 1980-90.

            A la fin de ces années 80, les transnationales US avaient des projets d’implantations en Europe pour profiter de la croissance de l’économie du vieux continent. Il y a quinze ans, le professeur Anton Murphy de Trinity College a très bien résumé les conditions qui ont favorisé le choix de l’Irlande. Les transnationales prenaient en compte trois éléments majeurs :

  • La langue anglaise. L’Eire et le Royaume-Uni étaient à égalité.
  • L’engagement européen. Pour les américains, il était clair que le choix des gouvernants de l’Eire était pérenne tandis que le Royaume-Uni apparaissait comme hésitant, inconstant, peu faible pour l’avenir. La qualification de l’Eire pour la zone Euro en 1999 vint confirmer l’analyse.
  • Un niveau de formation de la jeunesse de haut niveau.

Nous connaissons la suite : quinze années de prospérité qui ont fait de l’Irlande un « dragon européen », à tel point qu’après la crise des années 2009-2012, les Irlandais du Sud ont encore le deuxième niveau de vie européen après le Luxembourg… et ont déjà remboursé 80% des prêts qui leur ont permis de rétablir une croissance forte (pacte tripartite État-Employeurs-Syndicats).

Le troisième facteur est « boomerang ». Le poids de l’église catholique qui a accompagné le conservatisme cité supra a très longtemps freiné des évolutions sociologiques et socioéconomiques inéluctables. En encourageant les ménages irlandais à faire des enfants, le retour ne pouvait être que contraire aux effets escomptés. En Union Européenne, l’Eire présente le taux conjoncturel de fécondité le plus élevé, juste devant la France ; mais en taux de descendance finale – le seul qui compte à long terme -, elle est nettement en tête des vingt-huit États membres de l’Union.

            Or, le vote des jeunes nés dans les années 1980-1990 a été déterminant dans le résultat du référendum : nombreux, dynamiques, ouverts, bien formés, peu enclin à se contenter des tutelles obsolètes du passé. Les 25 des 26 comtés de l’Eire ont voté Oui. Le comté de Roscommon a voté Non : il doit se sentir bien seul.

Phil SHANAHAN / Mai 2015

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