Union Européenne – un avenir exceptionnel

Aujourd’hui, l’Union Européenne a probablement franchi les étapes les plus difficiles de sa construction. Jamais dans l’histoire européenne n’ont été réunies des possibilités aussi grandes dans tous les domaines essentiels : éducation, recherche et science, économie, infrastructures… L’UE est l’union choisie d’États libres ayant en main leur destinée politique et économique, dont ils ont conquis la maîtrise en se réunissant. La construction de l’Union est loin d’être terminée. Elle commence même mais les bases sont là et constituent un socle solide pour un avenir exceptionnel qui ne dépend que de nous.

Jean FLORY
Union Européenne – Un avenir exceptionnel
Les Vingt-Huit – 2014 – 120 pages

            D’entrée, l’auteur prend acte que les européens connaissent mal les réalités de l’UE dans laquelle ils vivent. Trop souvent, ils regardent l’avenir de notre société, de notre économie et de notre planète avec les schémas d’hier.

           Le but de l’ouvrage est d’inviter chacun à penser le futur de la Communauté de destin en cessant de se crisper sur les situations nationales acquises. C’est donc à une réflexion prospective à cinq, dix ou cinquante ans que nous sommes invités. Tous les choix sont aujourd’hui ouverts, libres, possibles.

         Première hypothèse : si l’UE se défaisait. L’auteur annonce entre autres : déclin économique, concurrence exacerbée entre États, diminutions des capacités diplomatiques, politique et économiques qui se structurent sur le reste de la Planète. Mais les raisons d’espérer existent : alors que les citoyens de la Communauté doutent, autour d’eux des Pays se pressent pour rejoindre l’Union à cause de son extraordinaire réussite et d’un avenir qui leur semble exceptionnel.

      Si certains Pays se posent la question de la sortie de l’Union (BREXIT/GREXIT), de nouvelles adhésions faites dans l’esprit et les règles de l’UE ne sont pas un affaiblissement mais une chance. L’adhésion des Pays de l’Europe de l’Est, encore à l’extérieur de l’UE, semble dans la nature des choses. Devant la croissance de l’Asie, l’adhésion de la Turquie, voire de la Russie, pourrait être une contribution importante à la paix du Monde. Pour d’autres Pays, hors de l’Europe continentale, des associations diverses et variées peuvent être envisagées, comme prévu dès l’origine par le Traité de Rome.

            L’UE pourrait devenir un des pôles majeurs de l’organisation mondiale en devenir.

            L’enjeu de l’UE est d’aboutir à une civilisation nouvelle. Nos civilisations sont à la fois celtes, grecques, romaines, germaines, vandales, normandes, slaves, arabes, cisterciennes, orthodoxes, protestantes, juives… et bien d’autres choses encore. Il nous faut redécouvrir et nous réapproprier ces immenses richesses culturelles et continuer à bâtir un espace de droit, de solidarité, d’équilibre économique, de modèle social, de défense de la nature, etc.

            Les programmes Erasmus et Leonardo modifient en profondeur de façon continue (de façon pas toujours visible, les médias ne s’y intéressent pas) les mentalités européennes. Depuis 25 ans, plus d’un million d’enfants sont nés de couples binationaux grâce à ses engagements.

            L’auteur, en mêlant analyse des années passées, réponses aux nouveaux besoins, perspectives voire prospective, affirme que les craintes sur le déclin économique et social n’ont pas de fondement pour le prochain demi-siècle.

            Il montre le même optimisme sur le plan politique, de la démocratie et des pratiques sociales. S’il y a consensus sur les concepts, la démocratie n’est pas vécue de la même manière dans tous les États membres ; de même, la législation sociale reste de la compétence des États. Chaque État peut apprendre beaucoup des autres États, d’où l’espoir de voir se réduire les dysfonctionnements. En encourageant les solutions les plus prometteuses on peut miser sur le fait que les solutions les plus performantes sur le plan social vont se multiplier, et conduire à un rapprochement des règles non communes.

         Ces évolutions fortes vers la convergence des pratiques nationales se réaliseront dans une concertation accrue, une plus grande démocratie et une subsidiarité renforcée.

            Dans le débat plus large sur la configuration politique de l’Union : union d’états, confédération, fédération… l’auteur aborde la question sans prendre parti. Il constate que le génie des fondateurs et de leurs successeurs fut de mettre en place des règles inventives et réalistes qui permettent tous progrès dans tous les domaines. Tous les espoirs sont permis.

           Naturellement, l’UE, qu’elle le veuille ou non, est et sera confrontée aux conflits économiques, militaires, ethniques voire religieux qui éclatent à travers la Planète. Actuellement, trois courant s’affrontent : les atlantistes, les indépendantistes, les neutralistes. Les Etats de l’Union, en se libérant de leur passé colonial ou dominateur doivent être capables de se consacrer sans ambiguïté à des missions de paix et de développement. Là est sans doute le vrai destin (extérieur) de l’UE.

            Dans les décennies qui viennent, l’Union connaîtra inévitablement de nouvelles et surement rudes crises. JF risque un mauvais jeu de mots « la Communauté est un moteur à explosion qui n’avance qu’à coup de crises. » Mais il espère que l’UE dégagera chaque jour un peu plus, par dialogues et compromis, une vue commune. Les dirigeants des États membres auront le courage de préférer le bien communautaire aux positions ou intérêts nationaux, et que les procédures de gestion des crises ne cesseront de se perfectionner.

            Les réflexions positives de l’auteur sont davantage un acte de foi qu’une réflexion proprement prospective, et pourtant, il termine son ouvrage par une citation de Jean Monnet « L’avenir ne se prévoit pas, il ne se subit pas ; il se prépare. » Les habitués de La Démarche Prospective se reconnaîtront.

PQ

Renvois :
¤ David COSANDEY, Le secret de l’Occident (Science et développement) – FuturWest N°29
¤ Mark LEONARD, Pourquoi l’Europe dominera le 21e siècle – FuturWest N°41
¤ Sébastian SANTANDER, Puissances émergentes : un défi pour l’Europe ? – FW N°45
¤ Stéphanie TRILLE, La coopération territoriale en Europe – FuturWest N°49
¤ Guillaume KLOSSA, Une jeunesse européenne – FuturWest N°51
¤ Elisabeth GUIGOU, L’Europe : les défis à venir … – FuturWest N°52
¤ François HEISBOURG, La fin du rêve européen – FuturWest N°52
¤ Zaki LAÏDI, Le reflux de l’Europe – FuturWest N°52.

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