Propos inhabituels dans le ronron habituel

Avertissement :
Les lignes qui suivent sont des extraits, des compilations… de textes parus depuis le début du 21e siècle soit dans la lettre trimestrielle, soit dans des documents spécifiques, venant de la Société de Calcul Mathématiques http://www.scmsa.eu ; l’auteur principal est Bernard Beauzamy que nous remercions d’avoir accepté nos reprises.
Le ton est parfois ironique ou décapant. Nous accueillons ces réflexions – souvent pertinentes – dans le cadre de la grande liberté d’expression qui est la marque de fabrique de la revue FuturWest ; même si nous ne partageons pas collectivement certaines affirmations contenues dans les divers textes. Le (vrai) pluralisme raisonné est à ce prix.

La description de la circulation sanguine est due à William Harve y en 1628 ; pourtant cela fait cinq millions d’années que la race humaine est sur la Terre. Pourquoi cette circulation n’a-t-elle pas été découverte plus tôt ? La réponse est : parce que personne ne voulait le savoir. Ignace Sommelweis a découvert en 1846 l’importance de l’hygiène lors des accouchements ; pourtant, cela fait cinq millions d’années que les femmes accouchent. Pourquoi ne s’est-on jamais rendu compte que l’hygiène était importante ? La réponse est : parce que personne ne voulait le savoir.
Aujourd’hui, les structures sont beaucoup plus rigides, et le seul contenu acceptable est du politiquement correct : cela s’appelle mettre la science au service de la société. Comme les seuls mobiles de la société d’aujourd’hui sont la peur, la précaution, l’économie, il y aura moins de dissidents et on n’ira pas bien loin. Si aujourd’hui, Sommelweis déposait un programme de recherche pour réduire les maladies nosocomiales, on lui répondrait : a) que l’on n’en a pas besoin ; b) que le savon est cancérigène. Et lorsque les Chinois essaient d’imposer l’hygiène au Tibet, l’Occident tout entier s’émeut parce que cela va à l’encontre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (c’est-à-dire être sales).
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Au 20e siècle, les physiciens avaient des doutes sur ce qu’ils faisaient ; ils en discutaient entre eux et changeaient souvent d’avis. Il y avait d’incessants débats, des colloques, des remises en cause. Max Planck et les physiciens de son époque ne se seraient jamais permis de donner des conseils au grand public ; ils étaient des chercheurs, rien de plus. Au 21e siècle, grâce à EDF, Il n’y a plus de doutes, mais des slogans : « L’énergie est notre avenir, économisons-là ». Grâce à EDF, la science sait enfin de quoi elle parle et est réconciliée avec la société. Le profond appuyé au bras de l’utile. Pour cette découverte d’un principe aussi fondamentalement remarquable, EDF va certainement recevoir en même temps le Prix Nobel de Physique, celui d’Economie [de la banque de Suède], et la médaille de vermeil du Développement Durable.

Une civilisation peut-elle économiser l’énergie ?

La question est d’actualité, mais elle n’est pas clairement posée, car on ne sait pas bien ce que recouvre le terme «énergie», qui est de création récente. Jadis, on parlait de conquêtes et d’efforts, et on ne les ménageait pas, pour «conquérir le fabuleux métal que Cipango mûrit dans ses mines lointaines».

Toutes les civilisations humaines à ce jour ont reposé sur la conquête de nouveaux territoires, sur de nouvelles découvertes, qu’elles soient raffinées, comme la Grèce au siècle de Périclès, ou frustes, comme les Esquimaux ou les Papous de Nouvelle Guinée. Les «sociétés animales», elles aussi, reposent par principe sur l’extension de la population, des terrains de chasse, etc.
Notre civilisation, qui voudrait ériger en principe les «économies d’énergie» est donc la seule à ce jour :cela ne suffit pas à la discréditer, mais cela suffit à éveiller la méfiance.
De quelle énergie s’agit-il ?
La réponse est extrêmement confuse, tant la doctrine est incohérente, mais on peut en extraire deux grandes lignes : il faut diminuer la consommation d’électricité et la consommation d’essence.
L’idéal serait, selon cette doctrine, que la France, l’Europe, le monde entier, consomment et donc produisent moins d’électricité, consomment moins d’essence et donc extraient moins de pétrole. On a du mal à comprendre les fondements d’une telle doctrine, mais enfin essayons ! Pour la production d’électricité, il s’agit de limiter l’effet de serre, supposé être à l’origine du réchauffement de la Planète. L’argument ne tient pas ; il est déficient d’un bout à l’autre. Il n’y a pas de réchauffement de la planète, mais seulement des variations de température très ordinaires, que l’homme ne sait pas mesurer et dont il vient tout juste de prendre conscience. Rien ne dit que l’effet de serre ait un lien avec ces variations, dont le soleil pourrait être la cause principale.
Enfin, on sait produire l’électricité sans émettre de gaz à effet de serre : le nucléaire, l’hydraulique, l’éolien, etc. On ne voit donc pas pourquoi il faudrait utiliser moins d’électricité, pour satisfaire une planète qui n’a rien demandé et qui s’en moque complètement.
Pour l’essence, l’argument est : les ressources naturelles s’épuiseront un jour ou l’autre. Certes, mais pourquoi ne pas attendre qu’elles le fassent ? Ces ressources, en vérité, augmentent tous les ans, malgré la consommation, parce que l’on trouve de nouveaux champs pétrolifères et parce que l’on sait de mieux en mieux tirer parti des gisements existants. Mais, de toute façon, économiser une ressource parce qu’elle finira par disparaître est une politique absurde. Le jour où elle devient trop chère, elle est remplacée par une autre : c’est ainsi que l’humanité a utilisé successivement les esclaves, les animaux domestiques, la machine à vapeur, etc. Au 19e siècle, il n’est venu à l’idée de personne de dire : nous allons limiter les trajets en diligence, pour ne pas épuiser la ressource chevaline et retarder l’apparition de l’automobile.

Pouvons-nous réellement économiser l’énergie ?

La consommation d’électricité en France augmente constamment (chiffres publiés par EDF), bien que nombre d’appareils soient de plus en plus performants. Cela tient au fait que, en réalité, notre civilisation (comme toutes les autres) se découvre de nouveaux besoins et se moque complètement des incantations des pouvoirs publics.
Pour limiter la consommation, une méthode, mise en oeuvre dans de nombreuses branches industrielles, consiste à instaurer des barrières réglementaires, des seuils environnementaux : on déclare que la production crée des nuisances, affecte la qualité de l’air, etc. L’industriel, évidemment, plie bagage et se réfugie sous des cieux plus cléments. Le résultat est amusant, si l’on peut dire : la production est assurée par des installations beaucoup plus «énergivores», beaucoup moins respectueuses de l’environnement, et nous perdons les emplois correspondants. Mais la doctrine est sauve : il y a en France moins d’émissions de gaz à effet de serre et la consommation en énergie est limitée.

On nous dit que le public doit faire preuve de civisme, éviter par exemple de faire tourner les machines à laver en fin d’après-midi, pic de consommation. Voilà une doctrine bien intéressante, qui confine au rationnement d’après-guerre. Le propre d’une civilisation est normalement d’apporter à chacun le confort qu’il souhaite, au moment où il le souhaite. Je n’ai pas à justifier l’heure où j’utilise ma machine à laver.
Ces doctrines d’harmonisation sont-elles mêmes incohérentes. Le week-end, par exemple, correspond à un creux de consommation, mais les entreprises et les commerces qui voudraient fonctionner le dimanche n’en ont pas le droit, au nom d’une idéologie d’origine religieuse. Les dieux anciens et les dieux modernes sont en désaccord quant aux dogmes qu’ils voudraient nous imposer. Les doctrines liées au transport sont elles-mêmes incohérentes. On voudrait promouvoir les transports publics, supposés plus vertueux que les véhicules individuels, et on critiquera par exemple les parents qui amènent les enfants à l’école, réclamant la mise en place d’un car de ramassage scolaire. Mais les enfants ne sortent pas tous à la même heure et ne vont pas tous au même endroit, si bien que le car, dimensionné pour le plus grand nombre, tournera presque toujours à vide.

Partir en week-end en famille est un péché : au retour le dimanche soir, on peut faire le compte de l’essence gaspillée, en pure perte puisqu’on est revenu au point de départ. Il en va de même des vacances, surtout lorsqu’elles sont lointaines. La consommation de fruits exotiques est répréhensible ; Cosette, recevant une orange pour Noël, aurait été montrée du doigt. Le Gouvernement, il y a peu d’années, a fait passer des lois, interdisant la production de certains types d’ampoule. Le résultat est l’introduction d’ampoules dites «basse consommation», qui n’éclairent rien (si bien qu’une génération tout entière souffre de la vue), coûtent beaucoup plus cher et ne durent pas plus longtemps. On s’étonne qu’une telle loi ait pu être promulguée : elle est contraire à la constitution. Chacun est libre de produire ce qu’il veut, du moment que la santé d’autrui n’en souffre pas. Ce sont là, paraît-il, des directives européennes, que la France a adaptées.
Il n’est de directive européenne si chétive, de règlement européen si ridicule, que les fonctionnaires français du Ministère de l’Ecologie ne transforment en Tables de la Loi et ne placent au centre du Temple de la Sagesse ; les plus sombres despotes n’ont jamais eu de zélateurs plus empressés.

Devons-nous réellement économiser l’énergie ?

Personne, bien entendu, n’économise quoi que ce soit, mais il y a une hypocrisie ambiante, qui empêche de voir les choses en face. Si je désire allumer toutes les lumières de mon domicile, mettre ici et là des ampoules de 500 W et des radiateurs électriques de 3 000 W, ouvrir tous les robinets puis toutes les fenêtres, et quitter ensuite mon domicile en laissant tout ceci fonctionner, c’est mon droit et je réclame de pouvoir en faire usage, si mes moyens me permettent de payer les factures.

Dans bien d’autres domaines, personne ne songe à m’en priver : je puis accumuler des tonnes de nourriture, des centaines de chaussures, sans que personne n’y trouve à redire ; pourquoi ma consommation d’essence, d’eau et d’électricité devraient-elles être surveillées ? On me dira que c’est du gaspillage, mais toute notre existence n’est qu’un gaspillage, et je revendique ce droit. Comme disait Voltaire «Traité sur la Tolérance» : La nature dit à tous les hommes : Je vous ai tous fait naître faibles et ignorants, pour végéter quelques minutes sur la terre, et pour l’engraisser de vos cadavres.
Je ne vois pas pourquoi je laisserais à des politiciens doctrinaires et ignorants le soin de décider de ce que je puis ou non gaspiller et j’entends que ces «quelques minutes sur la terre» soient convenablement éclairées.

Réindustrialisation

On parle maintenant partout de «réindustrialiser» le pays, slogan creux sans le moindre effet. Prenons le cas de l’industrie automobile en France ; à la différence de celle de Grande Bretagne, elle a jusqu’à présent réussi à survivre à la désindustrialisation. Elle rencontre des difficultés et est obligée de licencier.
Ce ne sont pas ces difficultés qui sont étonnantes, mais le fait qu’elle ait réussi à survivre, et parvienne encore à vendre quelques voitures. Regardons les faits, et dénombrons les vicissitudes auxquelles elle est soumise.
Les forages deviennent de plus en plus coûteux ; BP vient de renoncer à un très important projet en Alaska à cause du coût de la sécurité. Qui dit forage coûteux dit évidemment essence chère et donc restrictions d’usage.

L’automobile est accusée d’être à l’origine du réchauffement climatique : elle émet des gaz à effet de serre. Ceci a été si bien instrumentalisé, par l’Etat lui-même, que la déclaration des émissions de CO2 est obligatoire pour chaque modèle et qu’un système de malus pénalise les véhicules qui en émettent le plus (rappelons au passage que l’argument, dans son ensemble, est totalement absurde : il y a toujours eu des variations climatiques, et ni le CO2 ni l’automobile n’ont rien à voir là-dedans).
L’automobile est accusée de nuire à la santé, de manière générale. On lit fréquemment dans les journaux des phrases du type : du fait de l’automobile, la durée de vie est réduite de trois/-six/huit mois (le nombre dépend des sources). De fait, ceci est une complète absurdité, mais plusieurs villes ont décidé de mettre en place des ZAPA (zones pour la propreté de l’air), où les habitants, sans véhicules polluants, vivront évidemment plus longtemps et tellement mieux ! On leur souhaite bien du plaisir.

Le diesel, plus particulièrement, a été récemment accusé par l’OMS d’être cancérigène : les conducteurs sont menacés de toutes sortes de cancers, y compris de la vessie. Les journaux, en juin 2012, se sont gargarisés d’une telle annonce. Scientifiquement, elle n’a absolument aucun sens ; les pays où il y a davantage de diesels ne sont pas ceux où il y a davantage de cancers.
Rouler sans perdre de points devient une sorte de prouesse. Un conducteur normal adapte sa vitesse à la route, aux conditions climatiques, aux conditions de trafic. Maintenant, tout ceci a disparu : il faut l’adapter à des panneaux mis en place par des technocrates. Une limitation de vitesse, définie à cause d’une école, garde tout son sens lorsque l’école est fermée.
Beaucoup de villes, en premier lieu Paris, font de la lutte contre l’automobile un objectif politique de premier plan. Il s’agit, par principe, de multiplier les obstacles à la circulation et au stationnement : sens uniques un peu partout, zones protégées, feux rouges répétitifs, restrictions diverses, etc. On définit une «circulation douce», faite de rollers, patinettes, vélos, qui a le droit de prendre les voies à contresens et de bousculer les piétons. On chercherait en vain ce qu’a fait M. Bertrand Delanoë, depuis 2001, pour favoriser la circulation automobile dans Paris ; on multiplierait les exemples de décisions prises pour lui nuire.

Tout ceci est évidemment appuyé par des études pseudo-scientifiques, comme nous les aimons. Tout épidémiologiste qui veut se faire la main devrait commencer par démontrer que quelque chose, venant de l’automobile, est néfaste à la population ou à l’environnement. Si par exemple il parvient à établir que le Grand Hamster d’Alsace n’aime pas les débris de pneus, il est assuré d’un succès médiatique considérable.
Bouc émissaire de tous les maux de la civilisation, l’automobile ne parvient jamais à faire entendre la voix de ses défenseurs. Pourtant, environ 70% des salariés vont travailler en voiture, tout simplement parce que c’est la solution globalement la plus économique et la plus rentable pour tout le monde.
On entend souvent stigmatiser ces parents indignes, qui conduisent leurs enfants à l’école, au lieu de les confier à un système de ramassage collectif. Mais comme les enfants n’habitent pas tous au même endroit, ne commencent pas tous en même temps et ne finissent pas à la même heure, le système collectif est souvent beaucoup moins approprié : un gros bus, presque toujours vide, parcourra des distances considérables. N’importe quelle étude, si elle est honnête, montrera cette évidence.
On est frappé par l’incapacité de l’industrie automobile à répondre aux attaques dont elle est l’objet : attaques souvent malhonnêtes, toujours infondées. Il est facile de démontrer, par des études solidement argumentées, que les bénéfices que l’automobile apporte à la civilisation sont considérables : on vit beaucoup mieux avec que sans.

Gaspillages et précautions

On lit dans la presse, fin octobre 2012, que le ministre délégué chargé de l’agroalimentaire veut réduire les «gaspillages» de produits alimentaires. Voici en apparence une bonne idée, mais qui, comme d’habitude, ne résiste pas à l’examen. La Nature, en effet, passe son temps à «gaspiller». Pourquoi un pommier donne-t-il des pommes, si personne ne les mange ? Le ministre va-t-il préconiser la réduction de la plantation d’arbres fruitiers ? Un boeuf qui meurt de vieillesse, est-ce un gaspillage ? Un poisson qui ne termine pas dans une assiette ? Allons plus loin : ne faudrait-il pas réduire le débit des rivières, au prorata de ce que l’espèce humaine demande ? Régler la pluviométrie ? Les feuilles qui tombent ?
Et si nous ne gaspillons plus, qui fournira les associations d’aide alimentaire, qui se plaignent déjà de ne pas recevoir assez ? Heureusement, au milieu de tout cet immense gaspillage, de cet océan chaotique de choses inutiles, il nous reste la parole des ministres, oasis de sagesse dont pas un mot n’est gaspillé.

Grosse publicité, en novembre, à propos du «Fonds AXA pour la recherche» : «AXA soutient la recherche sur les risques qui nous concernent tous», «pour comprendre les risques atmosphériques…».
Fort bien, le problème est que l’on ne voit aucun résultat à ces recherches qui, pourtant, nous concernent tous. Mais quand on lit le titre de l’une d’elles : «Modernisation urbaine et architecturale dans un scénario de changement climatique : importance d’une analyse des comportements et du confort des usagers pour contrer les risques de surchauffe» (2011, 120 000 Euros), on se dit que cela vaut sans doute mieux.
Personne ne conteste à chacun le droit de se faire construire une maison gigantesque, d’où l’énergie fuit par tous les orifices, ou de gaspiller d’énormes quantités de papier pour écrire de mauvais romans, mais consommer de l’essence est devenu un crime contre l’humanité.
Un seul organisme a mis en place un système pour répondre aux plaintes des riverains de ses installations ; c’est RTE (Réseau de Transport d’Electricité), qui a conçu un site web appelé «laclefdeschamps» (on a l’humour qu’on peut) et sur ce site web, on trouve un quizz. Le riverain, inquiet des lignes à haute tension, tombe sur le quizz et en sort apaisé.
On n’imagine pas réellement la force d’un tel argument ; remontons donc dans le passé. Imaginons Gengis Khan, faisant le siège de Pékin. Les habitants sortent et disent «nous avons un quizz». Le Mongol tourne bride aussitôt.
Victor Hugo , au lieu d’écrire dans les Châtiments «Néron repu qui rit parmi les traîtres», aurait été salarié de RTE, il aurait fait un mot croisé avec «Napoléon » en ligne et «Le petit» en colonne ; le Second Empire s’effondrait immédiatement et Sedan était avancé de vingt ans. Lors du siège de Leningrad en 1942, Vorochilov aurait disposé d’un quizz comme celui de RTE, la ville était libérée en quelques jours.
Il faut ainsi remonter dans le temps pour mieux mesurer le courage intellectuel de la résistance moderne.

Le réchauffement a disparu

C’est vraiment effrayant à dire, mais le réchauffement climatique a disparu. Selon les données tout à fait officielles de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). Entre 1997 et 2012, il n’a été en moyenne que de 0.0016°C par an, soit 0.16°C en cent ans. Le plus intéressant est que ces chiffres sont dissimulés sous un vocabulaire abscons : anomalies de température calculées par rapport à des moyennes glissantes, etc.
A la SCM, nous avons toujours dit qu’il n’y avait pas de réchauffement, mais des variations climatiques, plus ou moins accentuées, plus ou moins locales, que l’on ne sait pas mesurer, auxquelles l’homme n’est pour rien et qu’il serait bien incapable d’empêcher. Que le réchauffement apparaisse ou disparaisse, cela ne nous fait ni chaud ni froid, si l’on ose dire. Le lecteur naïf croit peut-être que, puisqu’il n’y a plus de réchauffement, il devient inutile de lutter contre lui, c’est-à-dire contre les émissions de gaz à effet de serre. Il en déduit, dans sa puérile crédulité, que les bilans carbone ne servent à rien, que sont inutiles les innombrables taxes visant tout ce qui roule, bouge, vole, rampe, chante et qui n’est pas électrique. Que le système du bonus-malus pour les automobiles est caduc, ainsi que les bilans « carbone » pour les entreprises, les projets de taxes pour les poids lourds et les diverses restrictions de circulation. Il faudrait être bien naïf pour croire que des chiffres, même émanant d’une administration officielle américaine, peuvent changer quoi que ce soit au dogme qui tient lieu de feuille de conduite aux politiques aujourd’hui.
Que se passera-t-il à la publication de ces données ? La réponse est simple : rien. Les journaux n’en parleront pas, les politiques non plus, et tout continuera comme avant. Le mal est fait : toutes ces doctrines de lutte contre le CO2 sont à l’heure actuelle au centre même de la décision politique.
Même si elles sont entièrement dépourvues de contenu scientifique, elles représentent 90% de l’action publique et orientent plus de la moitié de l’activité économique. Elles occupent la presse écrite et la télévision, pratiquement pour la totalité de l’information qu’elles transmettent. On se demande ce que la télévision ou les journaux pourraient trouver pour remplir ce vide épouvantable, si par extraordinaire le réchauffement climatique et ses conséquences leur étaient retirés. Et de quoi se nourrirait le cinéma, et ses innombrables films catastrophe ? Jamais le GIEC ne publiera un communiqué disant «nous avons commis une erreur», jamais l’ADEME ne s’excusera pour avoir trompé le public, jamais nos politiques (européens ou nationaux) ne diront «toutes les lois faisant référence aux émissions de CO2 sont abolies», ni ne renonceront à l’une de leurs directives-cadre.
Avec beaucoup de retard, l’humanité sait reconnaître ses erreurs.
Quand on aura fermé la dernière usine automobile et renvoyé le dernier employé, au motif qu’il produisait des gaz à effet de serre, on pourra le réhabiliter cent ans plus tard et lui serrer la main. Cent ans plus tard, on dira à l’ouvrier : nous sommes vraiment désolés, les modèles mathématiques de l’époque n’étaient pas tout à fait au point. Et la Cour de Cassation, en 2113, écrira que les charges relevées contre l’industrie, en 2013 «se sont révélées de caractère arbitraire ; qu’elles n’ont pas été ratifiées par le jugement des sciences» et «que la renommée des ministres auxquels incomba la tâche de soutenir ces accusations n’en recueillit, c’est le moins que l’on puisse dire, qu’un lustre très passager.»

Il y aura, dans cent ans, une réhabilitation de l’industrie ; les minutes du procès seront publiées et transcrites sur les registres du Tribunal et ce sera une grande satisfaction posthume pour tous les intéressés.

Le chapeau dans la cathédrale

Lorsque nous discutons avec les responsables de divers organismes publics, nous les entendons souvent dire «il n’y a plus d’argent pour les programmes de recherche». Mais ceci est tout à fait inexact : l’argent est plus abondant que jamais (jamais les prélèvements obligatoires n’ont été aussi élevés), mais il est utilisé pour les projets que la société réclame, ceux qui sont politiquement corrects, c’est-à-dire ceux qui relèvent de la précaution et de l’économie. Ce seront des réseaux pour détecter les rayonnements alpha, beta, gamma, etc., des observatoires des nuisances de toute sorte, des stations de mesure pour les ondes sismiques, électromagnétiques, telluriques, des dispositifs d’alertes épidémiologiques pour toutes les maladies, nausées, frémissements, agitations, etc. Il faut contrôler la qualité de l’eau, que l’on s’y baigne ou qu’on la boive, de l’air, des sols. Il faut aussi, bien sûr, se doter d’instruments qui suivront les consommations d’eau, d’essence, de minerais divers…

Bien entendu, avant la mise en place de tous ces réseaux, il faut faire des études et définir des normes, et après leur mise en place, il faut traiter, vérifier et diffuser l’information, sévir contre les dépassements. Voilà l’activité du pays et voilà où passe l’argent. Pour voir s’il est bien utilisé, prenons une métaphore, celle du chapeau dans la cathédrale. Tout le monde sait que porter un couvre-chef dans un lieu de culte est interdit : c’est une offense à la sainteté du lieu. Pourtant, rien n’indique que Dieu ait demandé une cathédrale, rien n’indique qu’Il se réjouisse de son existence et rien n’indique qu’Il s’offusque le moins du monde de la tenue de ceux qui la visitent. Ce sont les responsables du culte, qui, au fil des millénaires, ont réussi à faire passer cette idée de respect, maintenant communément acceptée. Il s’agit en réalité de respect à leur égard, et non à l’égard de la divinité qu’ils prétendent représenter et dont l’existence même est incertaine.

Il en va exactement de même à propos des zélateurs de l’environnement. Il n’existe aucune raison objective de penser que la planète se porte mal, et elle n’a absolument jamais demandé à la race humaine de la sauver de quoi que ce soit. Tous ces réseaux de mesure ne mesurent rien et sont parfaitement inutiles, mais personne n’osera se poser la question de la validité même de la mesure et de son intérêt. Mesurer en permanence le tritium dans l’eau de pluie partout en France, la teneur des eaux en DBO5, NH4, NO3, PO4, etc. (il y en a une quarantaine de cet acabit), la concentration de l’air en CO2 et divers polluants est à l’évidence complètement nécessaire, tout comme mettre à l’entrée de la cathédrale quelqu’un qui vérifiera que les visiteurs retirent bien leur chapeau. Un programme, appelé «Inventaire National Spatialisé», vise à connaître la densité de polluants, par heure et par km2, partout en France !

On nous dira : mais enfin, il est tout de même nécessaire de savoir si l’eau où l’on se baigne est propre ou non ! Sans doute, mais cela ne concerne que ceux qui s’y baignent, et n’est en rien une offense à la planète. Cette surveillance, facile à réaliser, l’est depuis longtemps et ne requiert que peu de moyens. Toutes ces préoccupations environnementales, dont on nous rebat les oreilles aujourd’hui et qui absorbent tout l’argent disponible, sont des évidences quand elles sont traitées à l’échelon local : il ne faut pas mettre ses ordures n’importe où, parce que cela gêne les riverains, et c’est interdit depuis longtemps. Le problème est qu’elles sont maintenant considérées à l’échelle planétaire, qui n’est absolument pas pertinente. Ce n’est plus le riverain que l’on gêne, c’est la Nature que l’on offense, et il faut des moyens considérables pour aborder la question. C’est encore pire, bien sûr, avec l’autre doctrine moderne : les économies d’énergie. Là, personne n’a rien demandé, et il n’y a aucune justification, autre que religieuse. On offense la planète en consommant, comme on offense la divinité en gardant son chapeau. Le coup du chapeau, si l’on ose dire, cela fait plusieurs centaines d’années qu’on nous l’impose, et nous n’avons jamais réussi à le neutraliser. On peut parier qu’il en sera de même pour les doctrines nouvelles, et il faudra s’en accommoder encore plusieurs siècles. On nous imposera des directions de travail absurdes et nuisibles, et il n’y aura plus d’argent pour les choses utiles.

Développement durable et croissance molle

Cela fait quelques dizaines d’années que nous avons adopté le «développement durable» comme projet de société, et cela fait quelques dizaines d’années que nous souffrons d’une croissance molle. Personne n’ose établir de corrélation entre les deux : les simples mots de «développement durable» recèlent tant de vertus, tant de promesses, qu’il faut avoir l’esprit bien mal tourné pour s’en inquiéter ; la vertu ne conduit-elle pas au succès ? N’est-elle pas un jour ou l’autre récompensée ?
La réponse est négative, l’histoire le montre bien, même lorsqu’il s’agit de vraies vertus. Mais ici, comme nous allons le voir, le développement durable est constitué de vertus qui ne résistent pas à l’analyse. Le peu qui subsiste est banal et ne mérite pas le nom de principe. Ce n’est donc pas simple corrélation entre développement durable et croissance molle : c’est bel et bien causalité ; c’est parce que nous nous sommes dotés de règles infondées que notre croissance ne se fait pas.

Tout d’abord, où est le développement ? Depuis trente ans, nous accumulons les dettes et perdons progressivement en compétitivité. Cela concerne aussi bien notre niveau scientifique, jadis excellent et aujourd’hui médiocre, que les parts de marché que notre industrie préserve : elles fondent d’année en année.
La question n’est donc pas d’un développement durable, mais d’un développement tout court, et il y a beaucoup à faire à ce propos. Avant de nous soucier de l’avenir de notre développement, il faudrait en assurer le présent.
Maintenant, nous allons voir que ce sont précisément les vertus sur lesquelles nous asseyons notre développement durable qui en brident le présent. Bien sûr, nous ne pouvons envisager tous les aspects, et nous nous en tiendrons aux principaux.

On nous le répète constamment : il faut économiser l’énergie ; les ressources ne sont pas inépuisables. Mais, même si nous savions avec précision quelle est l’étendue des ressources (ce qui n’est pas le cas), nous n’aurions aucun moyen de les gérer. Quelle part utiliser maintenant ? Quelle part réserver pour la prochaine décennie ? Dans cinquante ans ? Aucun outil, aucune théorie, ne permettent de décider cette répartition. Le mieux est de faire confiance à l’ingéniosité humaine : utilisons au mieux les ressources disponibles actuellement, pour répondre à nos besoins et développer notre compétitivité et notre civilisation, et lorsque ces ressources seront épuisées, nous en inventerons d’autres. Imaginons que nos ancêtres se soient dit : «Nos pauvres descendants du 21ème siècle ! Ils risquent de manquer de bougies ! Faisons pour eux des stocks de stéarine.» Nous n’aurions jamais inventé l’électricité.
On nous le répète constamment : l’homme doit limiter son «empreinte écologique», c’est à dire laisser le moins possible de traces de sa présence sur la planète. En d’autres termes, il faut tendre vers une situation «naturelle», comme si la race humaine n’existait pas. Mais la Nature, à ce jour, ne s’est jamais aperçue de l’existence de l’homme, totalement négligeable sur la planète. Elle nous laisse croître et prospérer à notre aise. L’humanité a doublé en nombre en cinquante ans et la durée de vie n’a jamais été aussi longue.
En feignant de croire qu’il peut infliger quelque dégât que ce soit à la planète, ou bien au contraire qu’il peut en modifier l’état, l’homme se donne une importance qu’il n’a pas, qu’il est très loin d’avoir.
Prenons un exemple concret : le réchauffement climatique global. Il n’existe aucun indice scientifique permettant de penser que la planète subit un réchauffement global. Assurément, on constate depuis des millénaires de nombreuses variations locales du climat, mais plutôt moins actuellement que par le passé. L’homme n’est pour rien dans ces variations et n’a aucun moyen de s’y opposer. Il n’en comprend pas les raisons et ne dispose d’aucun outil lui permettant d’agir.
On fera le parallèle avec les édifices religieux, que l’homme bâtit depuis des millénaires : l’homme croit ainsi se concilier la faveur des dieux. Mais rien ne permet de penser que ceux-ci les aient demandés, ni que ces édifices les satisfassent en aucune manière. Venons-en aux bons côtés du principe de développement durable, qui sont en définitive d’une grande banalité : bien entendu, il n’est pas utile de laisser la chaleur s’échapper par les fenêtres ; bien entendu, un tas d’ordures est malsain et sent mauvais. Fermons donc les fenêtres, améliorons l’isolation thermique des bâtiments et prévoyons le recyclage des déchets.
Mais ce n’est pas pour la Nature que nous le faisons : elle se moque de nos déchets comme de nos calories ; nous le faisons pour nous-mêmes, parce qu’il est malsain de vivre à côté d’un tas d’ordures et parce que le chauffage est plus efficace sans déperditions.
Cessons d’invoquer le ciel et ses grands principes. Le principe de précaution et le principe pollueur payeur : c’est l’une des conséquences les plus funestes du principe de développement durable, et probablement celle qui nous nuit le plus en termes de croissance. Dans l’état actuel des choses, tout industriel qui met sur le marché un produit nouveau doit faire la preuve qu’il n’est pas toxique et il peut être poursuivi si des conséquences nuisibles apparaissent plus tard. Or personne ne peut établir avec certitude qu’un produit nouveau est sans danger, ni même un
produit ancien ! De plus, la plupart des industriels n’ont pas les moyens, ni scientifiques ni techniques, pour se lancer dans de telles vérifications : la crainte des poursuites les dissuadent d’innover, ou bien ils vont le faire ailleurs, dans un pays moins précautionneux. Enfin, cette vision systématique : les industriels sont des pollueurs, est déplaisante et erronée. Un industriel qui fabrique des piles, des écrans, certes donne naissance à des déchets qu’il faut traiter, mais avant tout il rend un service : nous utilisons tous des écrans, des piles, etc.
Si ce principe avait été appliqué dans le passé, aucune des inventions que nous utilisons actuellement n’aurait vu le jour. Gutenberg aurait été interdit d’imprimerie : le plomb est un métal toxique ; Pasteur aurait été interdit de vaccination : qui peut prouver qu’une vaccination est sans danger ? Ici, nous pouvons suggérer une organisation qui permettrait de remédier à cet état d’esprit déplorable et rendrait confiance aux industriels. Pour chaque nouveau produit, une fois passés les premiers tests de qualification (menés en interne par les industriels), un organisme spécialisé serait en charge de délivrer une «Autorisation de Mise sur le Marché». Cet organisme serait financé pour partie par l’impôt, pour partie par les secteurs concernés ; des exemples existent déjà : l’INERIS (Risques industriels), le CNPP (Assurances), le CETIM (Industries mécaniques), etc. Mais à l’heure actuelle, ces organismes sont des centres de compétence, sans pouvoir de décision. Dans notre approche, ils seraient responsables de l’AMM ; une fois celle-ci accordée, l’industriel ne pourrait plus être poursuivi, si un dommage survient. En quelque sorte, l’AMM signifierait : dans l’état actuel de nos connaissances, ce produit est considéré comme sans danger. Et si un accident survient (cela arrive : un produit peut après usage se révéler dangereux), le produit sera retiré du marché, ou corrigé, mais l’industriel ne sera pas poursuivi, et l’indemnisation des victimes se fera grâce à un fonds d’assurance spécifique, exactement comme pour les tremblements de terre ou les risques terroristes.
De manière générale, il faut rendre confiance aux industriels, mais aussi aux simples citoyens. Il faut expliquer aux uns et aux autres que les progrès de la science ne mènent pas fatalement à des catastrophes, contrairement à ce que tous croient maintenant. Bien au contraire, ces progrès permettent à chacun de nous de vivre mieux et plus longtemps. Il faut inciter nos industriels à concevoir et à commercialiser des produits et services nouveaux ; il faut les en féliciter et non se poster en embuscade, dans l’espoir d’un drame. Bien sûr, ces nouveaux produits ou services, pour une petite partie, seront malsains ou nocifs, mais la majorité sera utile et bénéfique. Et même ceux qui comportent une part de nocivité sont utiles et bénéfiques : l’imprimerie, la vaccination !

Recherche & Innovation

On lit partout que, pour améliorer l’état économique du pays, il faudrait mettre davantage d’argent dans la recherche et l’innovation. Le propos est devenu banal, mais il n’est pas juste pour autant. Deux erreurs sont commises.
Beaucoup d’entreprises investissent des sommes considérables pour faire de la recherche dans leur coeur de métier, par exemple produire des voitures consommant moins, polluant moins, ou bien des télévisions dont l’image est plus fine, etc. Mais le reste ne suit pas : la logistique est erratique, les approvisionnements sont défaillants, les plans de fabrication ne sont pas à jour, le suivi des pannes et interventions diverses est inconsistant, la connaissance de la clientèle est insignifiante. Quant aux relations avec les fournisseurs et sous-traitants, la notification des contrats et le paiement des factures, mieux vaut ne pas en parler…En bref, malgré leur maîtrise du coeur de métier, ces entreprises ne fonctionnent pas bien.
S’étant réfugiées depuis des dizaines d’années dans l’élaboration technique des produits, elles ont en outre perdu la notion de «besoin social» : qu’attend le public ? Elles n’en savent rien, et répondent de manière absurde «des innovations». En réalité, les besoins du public sont les mêmes depuis des millénaires et, sur beaucoup de points, ils sont moins bien satisfaits aujourd’hui que par le passé.
Prenons un exemple : la communication. Il s’agit de joindre une personne précise, pour lui apporter une information importante. On peut envisager la poste traditionnelle, le fax, diverses adresses e-mail et un certain nombre de numéros de téléphone. Encore faut-il les connaître et, en général, ils ne sont pas faciles à obtenir. Mais, quelles que soient les méthodes utilisées, le résultat est en général que l’intéressé ne répond pas, soit qu’il n’ait pas reçu le message, soit que, abreuvé de nouvelles de toute sorte, il n’ait pas envie de répondre. On voit ici clairement que l’abondance de moyens technologiques résulte en un excès d’informations non vérifiées, arrivant par tous les canaux, et le besoin social n’est plus satisfait.
Une règle devrait s’imposer : il faut disposer d’indicateurs appropriés. Ce sont des indicateurs de bon fonctionnement des process et services, de ce que peut vouloir la clientèle, etc. S’ils n’existent pas, il est inutile de vouloir faire des changements, dont les résultats ne seront pas détectés. A l’inverse de celles qui font une recherche inutile et mal orientée, un certain nombre d’entreprises, même de taille importante, semblent incapables de gérer l’acquisition des connaissances. La situation la plus standard est celle-ci : compte-tenu de leur activité industrielle, elles devraient avoir certaines compétences (par exemple la propagation d’une pollution, ou l’interprétation de données de fabrication, etc.). Elles ne les ont pas. Elles vont attendre, pour les acquérir, qu’un client leur pose explicitement la question. C’est absurde, car il faut plusieurs mois pour mener à bien les études correspondantes et le client, supposant que les compétences existent, veut une réponse immédiate. Autre cas de figure, ces entreprises qui veulent à toute force faire financer leur recherche par une agence du type ANR, ce qui évidemment ne donnera rien, l’objet étant trop général. On constate, chez les responsables, une détermination absolue : même si nous en avons besoin, nous ne ferons jamais de recherche, sauf si un client nous y oblige et si l’ANR nous la paye. C’était la rubrique chère à Laurent Schwartz : on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif et plus l’âne est gros et plus il résiste.

Investigation criminelle

En février, un rocher s’est détaché de la montagne près de Digne et est venu heurter un train qui passait par là. Aussitôt, les fins limiers de l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale sont intervenus, en combinaisons de travail, sous les yeux ébahis des journalistes, notamment de France 3. Il s’agissait en particulier «de procéder à une modélisation 3D de la scène de l’accident afin de figer tout l’environnement pour les besoins de l’enquête». L’aspect criminel de l’affaire ne fait en effet aucun doute, justifiant l’intervention de l’IRCGN.
Les questions essentielles sont : comment le rocher avait-il été prévenu du passage du train ? Est-ce seulement par les vibrations, ou bien les rochers voisins sont-ils complices ? Comment le rocher a-t-il pu calculer exactement le bon moment pour s’élancer, sachant qu’il n’avait pas au préalable réalisé une modélisation 3D de la scène du crime ? Le rocher aurait-il des aptitudes que l’IRCGN ne possède pas ?
Comment le rocher savait-il que le train ne serait pas en retard ce jour-là ? Pourquoi le rocher a-t-il attendu aussi longtemps, alors que le train passe là depuis des années ? Pourquoi le rocher a-t-il visé précisément le wagon suivant la locomotive, et non pas l’autre wagon ?
Il faut, de toute évidence, faire une investigation sur le passé des voyageurs qui ont été touchés : peut-être, quelques années auparavant, s’étaient-ils rendus en forêt de Fontainebleau et avaient-ils traité avec mépris les rochers qui s’y trouvent ? Il s’agirait alors d’une vengeance. Comme l’un des passagers décédés est d’origine étrangère, une enquête internationale s’impose.
Les enquêteurs de l’IRCGN ont évidemment examiné les rochers voisins, relevé les empreintes sur la scène de crime et reconstitué la trajectoire suivie par le rocher, avec les diverses accélérations tout au long de la descente. Après avoir intégré une équation différentielle du second ordre, ils sont parvenus à la conclusion que la vitesse était nulle au début et à la fin de la trajectoire, ce qui constitue un indice d’intérêt majeur.
L’IRCGN s’intéresse particulièrement à l’aspect probabiliste de l’affaire, sur lequel il a des compétences particulières : il s’agit d’estimer la probabilité qu’un rocher susceptible de se détacher n’importe quand puisse toucher un train dont la trajectoire est essentiellement déterministe. Les fondements de la théorie applicable ont été apportés par Pierre Dac , dans les années 1970, lorsqu’il a lancé cette question, très similaire dans son approche : «Vous arpentez une rue adjacente et vous ne trouvez rien ; quelle est la probabilité que vous ayez perdu quelque chose et que quelqu’un l’ait ramassé avant vous ?».
Une question qui préoccupe particulièrement les gendarmes est celle des antécédents criminels. En d’autres termes, le rocher a-t-il déjà, par le passé, tenté de s’attaquer au train ? La présence, en bas de la vallée, d’un certain nombre d’autres rochers, semblables à celui-là, laisse penser qu’il pourrait s’agir d’un complot, qui jusque-là n’aurait pas réussi. Le Procureur de la République a décidé d’ouvrir une enquête pour association de malfaiteurs. Le comportement du coupable, qui n’a pas tenté de s’enfuir à l’arrivée des forces de l’ordre, suscite des interrogations.
L’IRCGN va tenter une reconstitution : ramenant le rocher à sa position initiale et opérant un autre train, dans les mêmes conditions de vitesse, pour savoir si le rocher parvient à le toucher. La question est de savoir si l’IRCGN parvient à faire aussi bien que le rocher. Il est vraiment heureux que nous ayons maintenant des scientifiques aussi compétents et empressés que ceux de l’IRCGN. En l’An 79 de notre ère, cet illustre organisme n’existait pas encore, et des doutes subsistent sur l’éruption du Vésuve : sa date exacte, son ampleur, et bien d’autres questions encore. L’IRCGN aurait pu autopsier les 16 000 victimes, et essayer de comprendre pourquoi elles se trouvaient à Pompéi à ce moment-là, et pourquoi le volcan les visait.

Recherche d’intelligence

On a envoyé un robot sur Mars à la recherche de traces de vie intelligente et il n’a rien trouvé. A notre avis, on aurait pu envoyer le même robot dans un grand nombre d’organismes publics ou d’entreprises, et il serait revenu avec la même réponse. Sur notre planète, la question n’est pas de la présence d’eau, nécessaire à la vie, mais d’une certaine stabilité dans les organisations.
Dans la plupart des cas, ces organismes et entreprises se trouvent en «réorganisation». Cela signifie que, avant de se remettre à penser (en admettant qu’ils en soient capables), les gens attendent de connaître leur place dans ce qu’on appelle pompeusement un «organigramme». On fait alterner les phases d’expansion (conquérir un nouveau marché) et les phases de contraction (se recentrer sur le coeur de métier), avec le même bonheur ; faute de volonté de développement, il s’agit tout au plus d’idées politiquement correctes sans contenu. L’objet du nouvel organigramme sera, en place du cerveau, de définir le contenu de la moelle épinière.

Irrigants de Dordogne

Nous avons été invités à présenter un exposé lors de l’Assemblée Générale des Irrigants de Dordogne, sous le titre : «Pouvons-nous défendre notre droit à l’activité ?» Les irrigants se plaignent en particulier de ne pouvoir construire les bassins et retenues d’eau dont ils auraient besoin, les terrains étant réservés par l’écrevisse à pattes blanches. Un ami, propriétaire d’une maison dans cette région, nous raconte que, alors qu’il voulait organiser une fête familiale, 7 gardes armés sont venus s’assurer que les écrevisses étaient bien traitées.
Les irrigants de Dordogne constatent une diminution des surfaces irriguées : 30 000 hectares de moins depuis 2010 en Aquitaine. Ils voudraient pouvoir cultiver des fraises, planter des châtaigniers et des noyers, mais cela leur est impossible, car il faut de l’eau. La profession a perdu 30% de ses effectifs en dix ans.
On ne voit pas au nom de quel dogme la France devrait interdire la plantation de noyers en Dordogne. Comme certains le savent, les noyers donnent des noix, qui pour le moment sont essentiellement importées. Les récolter en France améliorerait notre balance commerciale (on n’aurait plus besoin de les importer) et créerait des emplois. Oui, mais voilà : les sols sont réservés pour les écrevisses à patte blanche.

Réchauffement climatique et développement durable : mythe ou réalité ?

Voir un industriel comme Areva s’intéresser directement à ces questions révèle une évolution significative des mentalités. On a vu, au cours des trente dernières années, des milliers de débats sur le thème «comment répondre au réchauffement ?», mais sur la réalité du phénomène, pratiquement aucun ; il a, dès l’origine, été considéré comme indiscutable, la seule question étant : l’homme est-il terriblement coupable ou horriblement coupable ?
Les données en provenance de l’administration américaine (NOAA), disponibles sur notre site montrent deux choses très intéressantes : tout d’abord, il n’y a pas de tendance au réchauffement, et ensuite, une grande variabilité de la température moyenne de la planète, d’une année sur l’autre. Ceci montre que, même actuellement, le nombre de capteurs est insuffisant pour évaluer correctement la variabilité naturelle du climat, d’une zone à l’autre, d’une année à l’autre.
Par ailleurs, le n° 480 de la revue «La Recherche», octobre 2013, nous apprend que le flux de chaleur interne de la Terre fait fondre la glace du Groenland par en dessous, là où la croûte continentale est la plus mince. L’influence sur le climat de la chaleur interne du globe terrestre est négligée par tous les modèles.
En bref, avant d’incriminer l’homme, il convient de se demander si les variations climatiques ne sont pas tout simplement naturelles, dues au Soleil et au magma terrestre. Mais cela conduirait à remettre en cause le dogme des économies d’énergie. Merci à Areva de s’être posé la question. Nous avons envoyé les données de la NOAA à M. Proglio, président de EDF, sans recevoir de réponse. EDF est le seul industriel au monde à prôner une réduction du produit qu’il vend.
Nous avons eu un échange sur ces questions avec M. Jérôme Boutang, directeur du CITEPA (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique) ; nous lui communiquons les données de la NOAA et il nous répond : «Il me semble que l’enjeu principal n’est pas dans la contestation à titre individuel du changement climatique. Il réside maintenant dans la pertinence et la faisabilité technoéconomique et politique des différents scénarios et mesures qui seront adoptés par les États pour faire en sorte que la hausse des température à venir ne soit pas trop élevée, et qu’ainsi les coûts de l’adaptation, notamment pour les pays en voie de développement, ne soient pas trop élevés.
Tous les talents, y compris ceux de la Société de Calcul Mathématique, seront requis pour les tester. D’un point de vue mathématique il y a sans doute encore à faire pour affiner et exprimer les intervalles de confiance dans les impacts projetés.»
C’est toujours la même réponse : écartons les données, ne les regardons même pas, et précipitons-nous très vite dans une action brouillonne et néfaste. L’argument relatif aux pays en voie de développement, qu’il faudrait aider dans leur lutte contre le changement climatique, est intéressant en soi. Tout d’abord, nous avons déjà aidé ces pays deux fois. La première, à l’occasion des croisades, où nous avons voulu les convertir à la «vraie foi» : ils nous ont virés. La seconde, à l’occasion de la colonisation, où nous avons voulu les convertir à la «vraie civilisation» : ils nous ont virés. Nous pouvons recommencer une troisième fois, avec le «vrai développement» ; devinez ce qui va arriver !
En tout état de cause, on ne comprend pas bien en quoi cela concerne le CITEPA, qui devrait au contraire porter à la connaissance des industriels les données de la NOAA. On voit clairement un dysfonctionnement du système : un organisme technique, chargé d’expertiser et d’informer, et qui ne fait pas son travail et se croit en charge d’une évangélisation de la planète entière.

SOURCES
• Lettres de la SCM n°59-60-61-62-64-65-67 (2012 – 2014).
• Une civilisation peut-elle économiser l’énergie ? – 2012.
• Développement durable et croissance molle – 2007.
PUBLICATIONS
• Olga ZEYDINA & Bernard BEAUZAMY, Probabilistic information transfer, 2013.
• Achat possible sur http://www.scmsa.eu

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